Côte d’Ivoire/ L’urgence d’un nouveau code minier pour une exploitation plus équitable et durable des ressources

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Abidjan, juin 2025 – Face aux profondes mutations du secteur extractif, à l’urgence environnementale et aux attentes croissantes des populations, la nécessité de réviser en profondeur le code minier ivoirien s’impose désormais comme un impératif national. De plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer un cadre légal moderne, transparent et véritablement porteur de développement durable.

Un secteur dynamique, mais aux bénéfices inégalement répartis

Depuis plusieurs années, la Côte d’Ivoire connaît une expansion significative de son secteur minier. La production d’or bat des records, les minerais exploités se diversifient, et les investisseurs étrangers affluent. Mais cette dynamique économique ne se traduit pas toujours par des améliorations tangibles pour les communautés locales, ni par des gains significatifs pour l’État. « Il est temps de revoir le cadre légal pour que nos ressources naturelles profitent réellement à tous », souligne un expert du secteur.


Adopté en 2014, le code minier en vigueur, bien qu’ayant permis certaines avancées, montre aujourd’hui ses limites face aux exigences de durabilité, de transparence, de justice sociale et de souveraineté économique.


Gouvernance, fiscalité et transparence au cœur des débats

L’un des principaux axes de réforme concerne la transparence dans la gestion des ressources extractives. Si la Côte d’Ivoire est membre de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE), les mécanismes de contrôle, de publication et de suivi des contrats miniers restent encore embryonnaires. Une meilleure accessibilité aux données et une transparence accrue sur les flux financiers sont indispensables.

La fiscalité, quant à elle, reste un point de crispation. Jugée trop favorable aux compagnies minières, elle ne permettrait pas une juste redistribution des revenus au profit de l’État et des collectivités locales. Un rééquilibrage s’impose, avec une meilleure structuration des redevances, taxes et obligations fiscales, sans pour autant compromettre l’attractivité du pays pour les investisseurs.

Préserver l’environnement et les communautés riveraines

La réforme attendue devra aussi répondre aux préoccupations environnementales croissantes. L’orpaillage illégal, les sites abandonnés sans réhabilitation, la pollution des eaux et les conflits liés à l’accaparement des terres sont autant de défis à relever.« Tout ceci pourra se faire si l’État de Côte d’Ivoire adopte un nouveau code minier. Cela encouragera de nouveaux bailleurs à investir dans un cadre clair et responsable », commente un spécialiste.


Le futur texte devra donc intégrer des normes strictes en matière d’études d’impact environnemental, de réhabilitation post-exploitation et de responsabilité sociétale des entreprises minières (RSE). L’objectif : concilier développement économique et préservation des écosystèmes.

Encadrer l’exploitation artisanale et promouvoir le contenu local

Un autre chantier prioritaire concerne l’exploitation artisanale de l’or, aujourd’hui majoritairement informelle et parfois source de tensions. Le nouveau code devra formaliser cette activité, en garantissant des conditions de travail décentes, la sécurité des sites et le respect de l’environnement.
Par ailleurs, il est essentiel d’imposer des obligations plus fortes en matière de contenu local. Cela implique de favoriser l’emploi des nationaux, la formation de cadres ivoiriens, la sous-traitance avec les entreprises locales et le transfert de compétences, afin que le secteur profite davantage à l’économie nationale.

Une réforme stratégique pour l’avenir

Au-delà des considérations techniques, la refonte du code minier constitue un choix politique majeur. Elle engage l’avenir économique, social et écologique de la Côte d’Ivoire. Des pays voisins comme le Burkina Faso, la Guinée ou la RDC ont déjà modernisé leurs cadres juridiques pour mieux défendre leurs intérêts dans ce secteur stratégique.

La Côte d’Ivoire, riche en ressources minières, dispose elle aussi d’une opportunité historique de transformer son potentiel extractif en moteur de prospérité partagée. Cela suppose toutefois une vision claire, une volonté politique affirmée et une mobilisation de toutes les parties prenantes – État, secteur privé, société civile et communautés locales.
Il est grand temps d’ouvrir le chantier d’un nouveau code minier. Un code au service du peuple, de l’environnement, et d’une croissance inclusive et durable.

Yero Kouadio

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