Karité : à Bouaké, une usine pour renforcer les revenus de centaines de milliers de femmes

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Elles sont plus de 400 000 femmes à vivre de la collecte du karité en Côte d’Ivoire. Pour améliorer leurs débouchés et renforcer leurs revenus, l’ouverture de nouvelles unités de transformation apparaît comme un enjeu majeur. À Kongodékro, dans la commune de Bouaké, l’inauguration de l’usine Beta Veg Oil, le lundi 12 octobre 2026, ouvre de nouvelles perspectives pour cette filière. Dotée d’une capacité annuelle de traitement de 70 000 tonnes de matières premières, l’infrastructure entend rapprocher les productrices des circuits de transformation et de commercialisation.

La cérémonie d’inauguration s’est déroulée en présence d’Amadou Koné, ministre des Transports et des Affaires maritimes et maire de Bouaké, de Bruno Nabagné Koné, ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, et d’Ibrahim Kalil Konaté, ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat.

Pour les promoteurs de Beta Veg Oil, Mounir Fakry et Pierre Ali, l’enjeu dépasse la seule production industrielle. L’entreprise ambitionne de créer un débouché stable et durable pour les femmes collectrices, dont l’activité constitue une source importante de revenus pour de nombreux ménages.

Un programme pour rapprocher les femmes du marché

Au cœur de cette démarche figure le programme « Beta Nafa », qui signifie « richesse pour tous » en dioula. Il prévoit notamment de réaliser 20 % des achats directement auprès des femmes collectrices, sans intermédiaire, à des prix présentés comme stables.

Le dispositif comprend également la formation des groupements féminins, un accompagnement avant les campagnes de collecte et un déploiement dans huit localités. L’objectif affiché est de faciliter l’accès au marché et de permettre aux productrices de mieux tirer profit de leur travail.

De son côté, le ministre-maire Amadou Koné a annoncé un programme d’accompagnement destiné à 30 000 femmes réparties dans huit zones de production. Selon les informations communiquées lors de la cérémonie, ce mécanisme porte sur 5 000 tonnes de matières premières, à raison de 270 000 FCFA la tonne, soit une enveloppe de 1,35 milliard de FCFA.

Cet accompagnement doit notamment permettre aux bénéficiaires de faire face à certaines dépenses urgentes, comme la scolarisation des enfants et les besoins de santé, grâce à un dispositif de préfinancement.

La transformation locale comme levier économique

Avec une capacité de traitement de 70 000 tonnes de matières premières par an, Beta Veg Oil se positionne comme un nouvel acteur de la transformation du karité et du soja. L’usine produit déjà du beurre de karité et prévoit également de fabriquer de l’huile de soja raffinée ainsi que des tourteaux destinés à l’alimentation animale.

L’infrastructure annonce par ailleurs 450 emplois directs. Elle pourrait ainsi contribuer à dynamiser l’activité économique locale, tout en offrant des débouchés aux collectrices de karité et aux producteurs de soja.

Lors de la cérémonie, le ministre de l’Agriculture, Bruno Nabagné Koné, a insisté sur la nécessité d’assurer une rémunération juste aux femmes qui contribuent à l’approvisionnement de la filière. « Le moment est venu de faire du karité véritablement l’or des femmes », a-t-il déclaré, appelant à des partenariats transparents entre l’entreprise et les coopératives féminines.

Le ministre du Commerce, Ibrahim Kalil Konaté, a pour sa part souligné l’importance de la transformation locale pour réduire les exportations de matières premières brutes et accroître la valeur créée en Côte d’Ivoire. Selon les données présentées à la cérémonie, plus de 60 % de la production nationale de karité serait encore exportée sous forme d’amandes brutes.

À travers cette unité industrielle implantée à Kongodékro, les autorités et les promoteurs affichent donc une ambition commune : faire de la transformation locale un levier de développement économique et social. Pour les centaines de milliers de femmes concernées par la filière, l’enjeu sera désormais de traduire les engagements annoncés en achats réguliers, en revenus plus stables et en meilleures conditions de commercialisation.

Davila Yao

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