Niakara/Le carrefour de Kanawolo sur la route A3, un marché propice pour les populations.

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Le carrefour de Kanawolo est situé à l’entrée sud du village sur la route A3, à 15 km de son chef-lieu de sous-préfecture, Niakara. Ce carrefour est incontournable par la voie terrestre pour rallier Korhogo ou Tafiré et Ferké puis les pays frontaliers du Nord. Il abrite un important corridor sur les axes internationaux Kanawolo-Korhogo, Kanawolo-ferké. Ce corridor de sécurité fait partie des 32 officiels en Côte d’Ivoire. Kanawolo appartient au département de Niakara, donc à la Région du Hambol. Il est le chef-lieu du pays rural de cinq villages gravitant : Kanawolo, Pétonkaha, Longo, Nagbalakaha et Nawokaha. C’est un gros village de plus de 4000 âmes doté de plusieurs infrastructures scolaires et sanitaires. Les populations sont en majorité paysannes d’ethnie tagbana vivant en bonne intelligence avec plusieurs autres communautés ivoiriennes ou venues de pays frères. Le village est aussi connu à cause de ses nombreux guérisseurs spécialisés dans le traitement des fractures de tous genres et blessures par balles. Le carrefour de ce village paisible constitue un point de passage stratégique dans notre pays où des centaines de personnes, hommes et femmes, autochtones et allochtones, tirent quotidiennement leur gagne-pain, loin des trous de l’orpaillage clandestin pratiqué dans plusieurs villages voisins. Il joue un impact économique incommensurable dans l’ensemble de la région du Hambol, voire dans l’ensemble du pays.

De passage au carrefour de Kanawolo, le voyageur est forcément saisi par une ambiance assez exceptionnelle entretenue par les commerçants de marchandises diverses mais aussi par la densité du trafic routier. De nombreux véhicules de tous les gabarits y sont en circulation ou en stationnement de chaque côté de la chaussée. Ce n’est guère surprenant pour le natif de la zone habitué aux courses effrénées des commerçants. Notamment les vendeuses d’ignames préparées en ragoût ou non et qui se faufilent parmi ces véhicules obligés d’user de leurs klaxons lorsqu’ils sont en marche pour les prévenir d’une traversée dangereuse. Ce lundi 12 octobre 2026, profitant d’un voyage inopiné dans mon village par ces temps où les pluies s’abattent presque chaque jour dans la zone, comme pour réparer leur arrivée tardive, je décide de marquer un arrêt. L’ambiance du carrefour est intacte. A observer de près tous ces mouvements humains, la déduction est nette. Le carrefour de Kanawolo est un vrai trésor pour les populations à cause des nombreux avantages pécuniaires qu’il leur offre.

Atouts économiques
Ce corridor participe à la facilitation du transport de marchandises depuis le Port Autonome d’Abidjan vers le nord où il  est passage obligé. Il réduit les temps de parcours et dynamise les échanges commerciaux régionaux. En effet, tous les pays frontaliers situés au Nord de la Côte d’Ivoire, sont distants du port autonome d’Abidjan de plus de 1000 km. 1158 km du Burkina Faso (Ouagadougou) et 1172 km du Mali (Bamako) pour une durée des deux trajets de plus de 19h de temps en voiture, 1680 km du Niger (Niamey) pour une durée de trajet de plus d’un jour en voiture. En transport commun par car, toutes ces distances se parcourent en un, deux ou trois jours. Bien souvent, les passagers en partances pour ces destinations y marquent des escales pour se restaurer ou se reposer pour reprendre des forces avant de continuer la route. Grambouté Issa, un conducteur de gros camion est formel. « Je suis un habitué du tronçon Abidjan-Niger et je passe par le carrefour de Kanawolo. Une fois que j’arrive à ce carrefour, je me dis que j’ai déjà fait beaucoup de trajet. Parfois je m’y arrête pour manger avant de reprendre la route. Il y a beaucoup d’ambiance ici. Nous trouvons ici de bonnes ignames pour aller les offrir à nos connaissances au Niger ». Pour de nombreux usagers comme M. Grambouté, (les chauffeurs de transport et les automobilistes), le carrefour est un véritable soulagement. Ils saluent son avènement qui marque la fin des longs et harassants voyages. «Avant la fin des travaux de renforcement et de bitumage, le trajet était éprouvant. Dieu seul sait combien d’accidents parfois mortels se sont passés sur cette voie. Parfois, ils étaient dus à une simple fatigue. Aujourd’hui avec le corridor moderne, nous y trouvons un vrai espace de repos et de ravitaillement. Bien que la forte densité de trafic ralentit par moments la fluidité du trafic et engendre des difficultés de stationnement, on peut dire qu’il assure la sécurité des usagers », affirme Koné Abdoulaye, chauffeur d’un car de transport.  

Plusieurs activités commerciales y sont pratiquées
Au niveau local, le carrefour représente une vraie opportunité d’affaires. De nombreux produits de tous genres y sont vendus. C’est un pôle d’échanges et un carrefour commercial dynamique du nord de la Côte d’Ivoire. Le commerce dominant est celui de l’igname produite en grande quantité dans le département de Niakara. Mais aussi d’autres régions ravitaillent ce carrefour. Il s’agit de Dabakala et Bondoukou. Ce commerce est majoritairement tenu par des femmes dont la plupart sont des ressortissantes de Kanawolo. Mais oh combien de femmes des autres villages y ont élu domicile pour leurs activités commerciales. « Le carrefour c’est ma vie. J’ai accompagné ma maman vendre des ignames ici. Aujourd’hui, avec son âge, elle ne peut plus le faire. J’ai donc pris le relais et j’arrive à m’occuper d’elle et de mes enfants. Je remercie Dieu pour cette grâce », a dit dame Yelamtou Touré.  

La vente d’ignames
Le carrefour est particulièrement réputé pour son marché d’ignames animé par des vendeuses locales installées le long de la route. A côté de l’igname, la restauration tient une place de choix, avec tous les mets ivoiriens. Le voyeur en transit, peut donc s’en offrir à provisions. Le commerce d’articles divers, gadgets, téléphones portables, friperie, sacs de voyageurs…est pratiqué par des hommes venus d’horizons divers. Chacun s’en tire tous les jours à bon compte. Pour les femmes de Kanawolo, le commerce de miel est également florissant. Vous trouverez au carrefour de Kanawolo, a côté des cuvettes d’ignames, d’autres cuvettes changées de miel. Koné Kati, vendeuse miel dit s’en tirer à bon compte. “Je vends des ignames surtout du miel. Le prix du litre varie entre 2000 et 2500 F CFA selon que le miel a été extrait avec ou sans feu. Il arrive des jours où je vends 5 litres ou plus. Vraiment je ne me plains pas”, dit-elle. Pour les ignames, c’est la même chanson pour Camara Madeleine. Elle préfère chaque matin venir de Niakara pour vendre au carrefour de Kanawolo. “Chez moi, il y a des tas d’ignames de 1000, 2000, 5000 et 10.000 F CFA. Les jours où ça marche pour, je peux vendre jusqu’à 50.000 mille francs. Mais nous sommes nombreuses. Donc par moment c’est vraiment dur. Il faut être alerte, courir parfois vers les clients dans les cars ou véhicules particuliers. En cas de chute, tu enregistres des pertes car les ignames se cassent. Courir entre les véhicules est dangereux, mais nous n’avons pas le choix”, declare-t-elle. Tout n’est donc pas rose pour ces femmes dont beaucoup évoquent des cas d’agressions et de vols surtout quand elles doivent rentrer tard au village où regagner très tôt le carrefour le matin. Il y également les cas de bagarres entre elles pour la lutte aux clients.

L’écoulement des produits du Nord
Il fluidifie la commercialisation des ressources agricoles phares de la région (anacarde/cajou, coton, bétail et produits vivriers) vers les marchés de consommation du Sud. Pendant les campagnes du coton-anacarde, beaucoup de camions venus se ravitailler dans la région, y transitent. De nombreux magasins de stockage et de vente de produits vivriers, ignames, céréales sont tenus par des commerçants venus d’horizons divers. “Le carrefour nous arrange énormément, nous les cultivateurs d’ignames. Les femmes se déplacent jusqu’à nos champs pour se ravitailler en ignames. Ce sont elles qui viennent avec leur camion ou leur tricycle. A la vente, nous en tenons compte, mais c’est déjà bien pour nous que nous ne soyons pas obligés de faire sortir notre récolte du champ par nous-mêmes. Aujourd’hui le prie d’un tricycle rempli de manioc varie entre 100 et 120 mille francs. Pour l’igname, le prix oscille entre 40 et 90 mille francs selon la qualité. Franchement aujourd’hui, un paysan courageux n’a rien à envier à un salarié en ville”, avoue Coulibaly Lamtou, cultivateur à Longo.

Un espace commercial aménagé
Un marché moderne comprenant 100 boxes a été réalisé et remis aux commerçantes locales afin de sécuriser leurs activités face aux dangers de la circulation sur la nationale A3.

Des infrastructures de services et de transport réalisées au carrefour
il s’agit d’un corridor moderne et un parking aménagé pour les usagers et les transporteurs. On y note également la présence de petites entreprises locales de transport et de négoce (telles que des structures de transport de marchandises et de personnes actives dans la zone), d’ activités artisanales traditionnelles, notamment la production locale de beurre de karité par les femmes de la localité. « Le carrefour facilite nos voyages. Pendant les congés scolaires, c’est là que nous descendons et cela à n’importe quelle heure. Également à la fin des congés, nous n’avons pas forcément besoin de nous rendre à Niakara. D’ailleurs il est plus facile pour nous d’avoir un car ici que d’aller à Niakara, parce que tous les cars passent d’abord ici avant de rallier Niakara », révèle Koné Yégominan, élève au lycée moderne Henri Konan Bédié de Niakara.

Le contexte routier et économique
Le carrefour se trouve sur des axes stratégiques majeurs reliant Bouaké, Katiola, Niakara, Tafiré, Ferkessédougou et Korhogo, des tracés qui bénéficient de grands projets de modernisation et d’autoroutes (notamment le projet d’autoroute Bouaké-Kanawolo qui viendra renforcer l’attractivité commerciale de la zone.

Retombées socio-économiques et emplois
En termes de création d’emplois, les projets d’infrastructures autour de Kanawolo génèrent des centaines d’emplois directs et permanents, particulièrement en faveur des jeunes et des femmes de la région. La population qui est principalement agricole, n’a pas d’énormes soucis à se faire pour l’écoulement de ses produits. Beaucoup d’acheteurs viennent à eux. Les agriculteurs des autres villages convergent également vers le carrefour pour vendre leurs produits. De nombreuses coopératives particulièrement actives, prennent en compte la production, l’achat, la collecte, le stockage, et la commercialisation des produits agricoles et fournissent à leurs membres et à tous les usagers qui le souhaitent, toutes sortes de prestations de services liés à la production et à la commercialisation desdits produits. L’une des plus actives, la coopérative “Wessiéyeman” accorde à ses membres, des prêts à chaque rentrée scolaire et leur fournit aide et assistance en cas de besoin. Plusieurs jeunes dans des garages mécaniques, des points de vente de carburant, des cabines téléphoniques…

Le développement des infrastructures de base

Grâce à l’essor du corridor, la localité s’est progressivement dotée d’écoles, de centres de santé (dispensaire, maternité), d’un accès au réseau électrique national et d’une bonne couverture de téléphonie mobile, (Tous les réseaux y sont disponibles) luttant ainsi efficacement contre la pauvreté locale

La lutte contre le chômage
Avec tous ces avantages, l’on est en droit de dire que le carrefour de Kanawolo contribue à réguler le chômage dans la région, car des milliers de personnes y exercent une activité génératrice de revenus. Ce qui les éloigne de certaines pratiques que l’Etat s’évertue à éradiquer dans ces temps. Le carrefour a également engendré l’ouverture de nombreux salons de couture et de coiffure pour hommes et dames dans le village.

Lutte contre l’orpaillage clandestin.
Dans plusieurs villages voisins, l’orpaillage clandestin est pratiqué. De nombreux jeunes se retrouvent ainsi dans les trous d’or. Cette réalité semble loin du village de Kanawolo et son carrefour.

Le maintien de la cohésion sociale
Un autre atout est la cohésion sociale favorisée par le carrefour qui offre plusieurs opportunités d’entrées d’argent à plusieurs familles. Beaucoup de ménages n’ayant plus de soucis pécuniaires vivent dans l’harmonie, les deux chefs de familles se donnant la main pour les dépenses des enfants.

Les perspectives de développement. Le gouvernement poursuit l’intégration du tronçon Bouaké- Kanawolo dans le prolongement de l’Autoroute du Nord (avec des financements récents comme la section Kobo-Kanawolo validée en 2026). Ce projet renforce l’espoir d’une fluidité encore plus accrue des échanges économiques. Notons que le gouvernement a validé un financement de 30 milliards de nos francs pour la construction de la section Kobo-kanawolo. Long de 47,3 km, ce tronçon doit être aménagé en 2×2 voies et s’intègre au prolongement de l’autoroute Nord vers Kanawolo et le Nord du pays. Ce projet complète le tronçon Bouaké-Kobo long de 69,5 km. Tout cela pour fluidifier le trafic, réduire les temps de parcours, les accidents et les coûts d’entretien des véhicules.

Au total, le carrefour de Kanawolo est une aubaine, un vrai don de Dieu à ce village et à l’ensemble des villages voisins. Les populations doivent continuer à de le saisir avec les deux bras. Raison suffisante pour se désintéresser de l’orpaillage clandestin nocif à plusieurs égards. Combien de jeunes de la région laissent chaque année leur vie dans des trous d’or, s’ils  n’en reviennent pas malades ou avec des séquelles pour le restant de leur vie ? En effet, de nombreuses mines d’or dans le département de Niakara absorbent une bonne partie des populations, notamment les jeunes et les femmes. La situation serait encore plus dramatique si le carrefour de Kanawolo n’existait pas. Alors, comme le dit parfois l’autre, s’il n’avait pas existé, il aurait fallu le créer. 

JPH

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