Les accidents sur le tronçon routier Bouaké-Katiola-Niakara sont d’une récurrence d’autant incompréhensible que inacceptable. En effet, il ne se passe quasiment pas une seule année’ voir un seul mois sans qu’un grave accident ne soit signalé sur cet axe malgré la totale réhabilitation de la A3. Le dernier accident en date sur cet axe, est celui du 6 septembre 2024 dans lequel treize personnes ont péri calcinées dans une collision qui s’est produite aux environs de 23h. Deux ans en arrière, c’était un autre accident mortel (plus de 20 morts) qui s’était produit au carrefour de Darkokokaha. Comment expliquer ces accidents et surtout, comment y mettre un terme ?
Des causes multiples (Mauvais stationnements, excès de vitesse, inconscience des chauffeurs, défaillances techniques des véhicules… ). L’accident du vendredi 6 septembre dernier est imputable, selon une source de Policière Secours, à un mauvais stationnement d’un gros camion. La collision « dévastatrice » s’est produite entre le car de transport et un camion-citerne « lourdement chargé de carburant » qui arrivait en sens inverse, la chaussée ayant été rétrécie par « un camion de marchandises, stationné sans aucune signalisation », selon une source de Police Secours.
« Le choc entre le car et le camion-citerne, inévitable la nuit aidant, a déclenché un violent incendie ». Police Secours, a indiqué un « bilan encore provisoire lourd » de « 13 corps calcinés et 49 blessés dont 19 enfants évacués à Katiola et Niakara ».

Des points critiques
De l’avis de plusieurs usagers, il existe sur ce tronçon, des points critiques comme si des forces maléfiques y régnaient. Il s’agit d’endroits bien connus des conducteurs. Il y a le carrefour Yobouékro, celui de Darkolokaha et l’entrée du village de Foro-Foro 1.
Le premier, à partir de Bouaké pour le Nord, est le carrefour Yobouékro, surnommé tristement carrefour de la mort. Situé à 11 km de Bouaké, cette partie de la route a inquiété les usagers au début de l’ouverture de l’autoroute de Yamoussoukro à la circulation le 26 août 2023. Il s’avérait particulièrement dangereux pour les automobilistes imprudents. Ceux-ci qui sortaient de l’autoroute à vive allure se laissaient surprendre par sa fin. Aujourd’hui, il semble avoir trouvé une solution avec la présence fréquente des forces de l’ordre, la signalisation de la fin de l’autoroute et l’installation de bandes rugueuses sur les deux voies. La jonction de l’autoroute Yamoussoukro-Bouaké et la A3, au niveau du village de Yobouékro, aura été à la base de plusieurs accidents avec morts d’hommes et beaucoup de dégâts matériels, avant que les mesures salutaires annoncées plus hauts, ne soient prises pour arrêter l’hécatombe. Le 25 septembre 2023 à 20h06mn, un carambolage impliquant trois véhicules de particuliers, y faisait 13 victimes (02 décès, 06 blessés graves et 05 légers).
“Aujourd’hui, ça va nettement mieux. À l’ouverture de l’autoroute, on assistait chaque jour à des sorties de routes de véhicules au niveau du carrefour de notre village, Yobouékro. La fin de l’autoroute est bien matérialisée aujourd’hui. Du coup les accidents sont devenus rares”, témoigne Kouassi Landry, un riverain. Le deuxième point critique, est l’entrée ou la sortie du village de Foro-Foro 1. Habitué de ce tronçon, nous confirmons la fréquence des accidents. Nous y avons même été victime d’un mauvais stationnement sans signalisation d’un gros camion de transport de marchandises, une en provenance de Katiola. Ici, les stationnements de camions sans signalisation sont légions. “Trop d’accidents ont lieu ici à Foro-Foro. Les gros camions, pour des raisons de pannes ou pas, stationnent de jour comme de nuit, sans signalisation. Quand leurs conducteurs pensent bien faire, ce sont des feuilles ou des herbes qu’ils utilisent pour signaler les pannes. Il est impossible de faire une semaine sans un accident sur cette partie de route”, affirme catégorique, dame Nomination Koné, vendeuse de fruits et légumes au bord de la route A3.

Le carrefour de Darkolokaha dans la commune de Fronan, situé à 7km de la capitale du Hambol, est le troisième point critique. De notre avis, il n’est pas suffisamment signalé. Du moins, vu la fréquence des accidents, il convient de revoir sa matérialisation. De passage un jour, nous y avons marqué un arrêt pour voir le comportement des usagers qui peut vous couper le souffle. La plupart des motocyclistes en provenance de Darakokaha, abordent le carrefour sans marquer un arrêt. Et c’est ce genre de comportements qui ont causé certainement l’un des accidents routiers les plus meurtriers de l’année 2021. Le lourd bilan constaté au lendemain de l’accident s’établissait à 23 morts, au lieu de 18 comme annoncé aux premières heures du sinistre, ainsi que de nombreux blessés dont plusieurs cas graves. Cette tragédie n’avait pas laissé indifférent le Chef de l’Etat et le Premier ministre qui y avaient dépêché la Ministre de la Solidarité et de la Lutte contre la Pauvreté, Myss Belmonde Dogo auprès des familles éplorées. Et ce, pour non seulement témoigner la compassion du gouvernement, mais également apporter une assistance aux blessés qui avaient reçu des soins au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Bouaké et au Centre hospitalier régional (CHR) de Katiola. Ici, un conducteur de moto taxi pense qu’il y a des esprits maléfiques au carrefour. “Les accidents qui se produisent ici sont loin d’être provoqués par l’homme. Il y a des génies par ici. Vous voyez, c’est tout un périmètre qui est concerné sur deux à trois kilomètres dans les deux sens. Pourtant, la route est impeccable ici. Il faut penser à envisager d’autres mesures sans omettre de faire une sensibilisation accrue des usagers au carrefour”, suggère Wédjeyo Touré, du village de Darakokaha.
Prenant la parole en son temps, Kouamé Bi Kalou, Préfet de région, Préfet du département de Katiola, lui, n’avait pas indexé les génies et autres sorciers, mais était revenu sur les circonstances de l’accident. « C’est un motocycliste qui ne s’est pas arrêté au panneau STOP, à l’intersection du village de Darakokaha. Il a été percuté mortellement par un mini car venant de Ouangolo, le conducteur ayant perdu l’équilibre, s’est retrouvé sur la voie opposée et est entré en collision frontale avec un camion. C’est ce qui a provoqué ce bilan macabre, de 17 morts au départ à 23 maintenant », avait-il-relaté.
Comment y remédier ?
De nombreux habitants des villages traversés par la A3 et usagers de cette route préconisent une application stricte des mesures sécuritaires adoptées par le gouvernement, notamment la vidéo verbalisation qu’ils appellent de tous leurs vœux, la mise en fourrière des véhicules défectueux, la traque des chauffeurs sans permis de conduire, la poursuite du prolongement de l’autoroute du Nord qui va définitivement remplacer la A3… À l’instar de Dame Coulibaly Sonia et Yacouba Konaté, commerçants qui pratiquent cet axe fréquemment, il n’y a pas mille solutions à ces accidents. “Les forces de l’ordre doivent sévir. Tous les véhicules pris en flagrant délit de mauvais stationnement doivent être mis en fourrière. Des caméras sont installées le long de cette route. Il faut qu’elles servent à quelque chose déjà. Il faut traquer sans relâche les chauffards inconscients. Ces accidents inquiètent sérieusement et pourtant la route est très bonne”, a dit la première quand le second, qui est abondé dans le même sens, a fustigé l’excès de vitesse des mini cars de transport entre Katiola et Niakara. “Il faut sévir. On dit que la peur du gendarme entraîne la sagesse. Les chauffeurs des mini cars de Katiola et Niakara roulent à tombeaux ouverts. Ils sont à la base de nombreux accidents tragiques. Par moment même ils nous font regretter la réhabilitation de la A3. Mais j’ai une doléance urgente à formuler: que l’autoroute soit prolongée jusqu’au Nord”, dit-il.

Que dire aujourd’hui ? Du temps où la A3, était fortement dégradée, toute la Côte d’Ivoire s’était levée, surtout les populations du Nord, pour réclamer sa réhabilitation. Toute chose prise en compte par le gouvernement du Président de la République Alassane Ouattara, pour qui le développement de son pays dépend inéluctablement d’un réseau routier performant. La A3 à donc été réhabilitée de fort belle manière au point où aujourd’hui elle n’a rien à envier à certaines autoroutes de la sous-région. Mais les usagers doivent comprendre que c’est pour leur confort et non le contraire. Il faut qu’ils comprennent que la vie humaine est sacrée.
JPH













