Arrestation de soldats ivoiriens au Mali/Acharnement ou vengeance de la junte militaire malienne ?

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Le récit officiel du gouvernement malien, parlant d’une entreprise de déstabilisation du pouvoir, ne correspond pas aux révélations du sergent-chef Lassana Diarra, chef de poste aux arrivées de l’aéroport de Bamako. Dans un enregistrement audio qu’a pu se procurer Libération, il affirme qu’à la descente des deux avions transportant les 49 militaires, un caporal ivoirien s’est présenté de lui-même aux douanes. «Il est venu avec cinquante passeports, accompagné d’un civil, un Belge de la compagnie aérienne SAS (Sahel Aviation Service)». Le caporal a produit le manifeste de vol et une note expresse du ministère ivoirien de la Défense signifiant la relève du 7e détachement. Sans ordre de mission signé du gouvernement malien, le policier a averti ses supérieurs. La gendarmerie et la Sécurité d’Etat (les services de renseignement maliens) s’en sont mêlées, remontant l’information jusqu’au ministre. La décision a été prise de détenir les militaires.

Un énième coup d’Etat imaginaire ou une stratégie d’entretenir la terreur ?

Ce n’est pas la première fois que les autorités maliennes déclarent faire l’objet d’une tentative de renversement sans en apporter les preuves. Arrivées eux-mêmes au pouvoir par deux putschs successifs en août 2020 et mai 2021, les colonels de Bamako ont clamé être la cible de quatre coups ratés depuis leur accession au pouvoir. Dernier en date, en mai, les autorités maliennes annonçaient avoir déjoué un putsch organisé par «des militaires soutenus par un Etat occidental», sans préciser lequel.

Ce n’est pas la première fois non plus qu’elles s’appuient sur des irrégularités juridiques et techniques pour faire d’une affaire de coulisses un scandale d’Etat. En janvier, Bamako avait ordonné aux Danemark de retirer ses forces spéciales du territoire, suite à un problème d’accord relatif à leur déploiement. Une rupture de protocole contribuant au déclin de la force française Takuba, que le contingent danois devait rejoindre.

Bamako semble vouloir entretenir un climat de terreur et de paranoïa pour raffermir ses soutiens, mobiliser sa base et renforcer le sentiment patriotique. Ainsi, l’arrestation de ces soldats en situation irrégulière pourrait être un levier diplomatique inespéré pour faire pression sur le président ivoirien Alassane Ouattara. Lors des négociations pour la levée des sanctions contre le Mali, ce dernier était réputé tenir la ligne la plus dure face à la transition malienne.

Depuis l’annonce des arrestations, les réseaux sociaux des deux pays s’enflamment allant jusqu’à tenir des propos des plus extrêmes sur lesquels il est inutile de revenir. Côté ivoirien, le Conseil national de sécurité, (Cns) a demandé aux Ivoiriens de garder le calme. Le Mali doit en faire autant si ce n’est pas déjà le cas.

Sources Libération

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