Cacao : ça chauffe à Duékoué, les producteurs prêts au blocage

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Duékoué, 28 mars 2026 – La crise dans la filière café-cacao prend une nouvelle tournure. Réunis massivement au centre culturel catholique de Duékoué, des milliers de producteurs ont répondu à l’appel du Syndicat National Agricole pour le Progrès en Côte d’Ivoire (SYNAPCI), déterminés à faire entendre leur voix face à une situation jugée « injuste et incompréhensible ».

Cette mobilisation marque l’apothéose d’une tournée entamée le 25 mars dernier dans l’Ouest du pays, avec une première étape à Méo, dans le département de Toulépleu. Objectif : sensibiliser, mobiliser et structurer la riposte des producteurs face à la chute brutale du prix du cacao et aux blocages observés dans l’enlèvement des stocks.

Face à une foule acquise à sa cause, le président national du SYNAPCI, Koné Moussa, n’a pas mâché ses mots.
« Le sujet qui nous réunit aujourd’hui est la situation très préoccupante de notre filière », a-t-il déclaré, avant de saluer les efforts du Président de la République, Alassane Ouattara, en faveur du monde agricole.

Mais très vite, le ton s’est durci. Le leader syndical a dénoncé la gestion actuelle du secteur, pointant des incohérences majeures dans le fonctionnement du système de stabilisation censé garantir les revenus des producteurs.

« Le cacao a été vendu de manière anticipée, l’argent encaissé, mais les producteurs ont encore leurs fèves en main. À qui a-t-on vendu ce cacao ? Pourquoi refuse-t-on de venir l’enlever ? », s’est-il interrogé, sous les applaudissements.

Le SYNAPCI, qui revendique 868 000 membres, estime que les producteurs sont aujourd’hui victimes d’un dysfonctionnement grave du système. Au cœur des critiques : la gestion du fonds de stabilisation évalué à 170 milliards de francs CFA.
« Pour une première expérience de baisse de prix, on veut sacrifier les producteurs. Nous disons non. Où se trouve l’argent des producteurs ? », a insisté Koné Moussa.

Le président du syndicat a toutefois salué le décaissement de 291 milliards de francs CFA annoncé par le gouvernement pour permettre l’enlèvement des stocks résiduels de la grande campagne au prix de 2 800 F/kg. Mais il déplore un écart avec les 280 milliards évoqués par le Conseil café-cacao, ainsi que le blocage persistant sur le terrain.

« Aujourd’hui, l’enlèvement est bloqué. Cette crise touche tout le monde. Et ce ne sont pas des esclaves qui produisent le cacao », a-t-il lancé avec fermeté.

Face à cette situation, le SYNAPCI a décidé de passer à la vitesse supérieure. Un mot d’ordre clair a été donné :
« Nos stocks doivent être achetés à 2 800 F. Si cela n’est pas fait, aucun cacao ne sera acheminé à Abidjan tant que tout le stock résiduel ne sera pas enlevé. »

Un avertissement qui pourrait fortement perturber l’approvisionnement de la filière si aucune solution n’est trouvée dans les jours à venir.

Malgré la fermeté du discours, Koné Moussa se veut rassurant quant à la posture du mouvement.
« Nous sommes pacifiques. Nous avons confiance au gouvernement, mais nous n’avons plus confiance aux gestionnaires. Il faut un nouveau mode de gestion », a-t-il affirmé, appelant les producteurs à se tenir prêts pour d’éventuelles négociations.

Dans l’assemblée, les témoignages ont illustré la gravité de la situation sociale. Saye Evariste, planteur, dénonce une marginalisation persistante :
« L’économie du pays repose sur l’agriculture. Nous sommes les racines de cette nation, mais nous sommes maltraités pendant que d’autres s’enrichissent. »

De son côté, Siesson André Séraphine, productrice et veuve, exprime son désarroi :
« Le cacao était à 2 800 F, j’étais soulagée. Aujourd’hui, il est à 1 200 F. Comment faire pour l’école de mes enfants ? »

À l’unanimité, les intervenants ont rejeté le prix de 1 200 F/kg, jugé « inacceptable », réaffirmant leur soutien total au président du SYNAPCI.

À Duékoué, la mobilisation a pris des allures de démonstration de force. Entre colère, incompréhension et détermination, les producteurs ivoiriens affichent désormais une position ferme : sans solution concrète, le cacao restera dans les villages.

Une situation qui place les autorités et les gestionnaires de la filière face à leurs responsabilités, dans un contexte où l’économie nationale reste fortement dépendante de l’or brun.

Favila Y

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