Le ministre de la communication et des médias, porte-parole du gouvernement Sidi Tiémoko Touré est arrivé chez lui à Béoumi, vingt-quatre heures après les premiers affrontements entre les jeunes, suite à une altercation entre un conducteur de moto taxi et un chauffeur d’un véhicule de transport. La suite est allée vite pour se muer en conflit entre jeunes autochtones Baoulé et Malinké.

Si le premier jour des affrontements, l’on n’a pas déploré de perte en vie humaine, le deuxième jour, le jeudi 16 mai lui a enregistré ses premiers morts, (03) et d’importants dégâts matériels et plusieurs dizaines de blessés. Notamment des maisons et magasins saccagés, et sur l’axe Bouaké-Béoumi plusieurs véhicules et motos particuliers et de transport brûlés dont un camion transportant plusieurs tonnes d’anacarde encore en feu à l’entrée de la ville à notre passage aux environs de 18 heures. Ces tristes évènements ont entraîné la fermeture du marché principal, des écoles, collèges et lycées de la ville, de même que la perturbation de toutes les autres activités. C’est dans cette atmosphère guerrière que le porte-parole du gouvernement Sidi Touré a fait son entrée dans la ville à 18h44mn alors que son cortège avait quitté Bouaké à 17h23mn pour parcourir une soixantaine de kilomètres. Il a directement mis le cap sur la résidence du préfet pour aller s’entretenir avec les différentes composantes de la population, (cadres, dignitaires religieux, têtes couronnées, autorités administratives avec leur tête le préfet de région, préfet de Bouaké, Tuo Fozié). Ensemble ils ont décidé de ne pas chercher un bouc émissaire à cette crise, mais plutôt de ramener la paix dans la cité. Le lendemain vendredi 17 mai, une certaine accalmie était de retour, mais apeurées, des populations continuaient de déserter la ville. Quant aux quatre premiers villages en bordure de la route Béoumi-Bouaké, la tension est restée toujours vive, des véhicules continuant d’être vandalisés.

Sidi Touré a entrepris le même jour de rendre visite aux blessés de l’hôpital général de Béoumi. L’on en dénombre plus de quatre-vingt dont certains par balles et les autres à l’arme blanche. Selon le directeur de l’hôpital, sa structure a servi de refuge pour plus de 300 personnes qui avaient abandonné leur domicile et des blessés graves ont succombé de leurs blessures faute d’avoir pu être évacués sur le CHU de Bouaké. Parmi les nombreux blessés que nous avons rencontrés à l’hôpital général, figurent les deux communautés (Baoulé et Maliké). Tous victimes de la rage de vengeance de l’un ou l’autre camp.

 Diarrassouba Ali, élève en classe de seconde c au Collège Alany de Béoumi. « J’étais à la maison quand des amis sont venus me chercher pour qu’on aille se promener un peu. Quand nous sommes sortis, un moment donné nous avons entendu un bruit d’arme. Quand j’ai jeté un coup d’œil à mon petit frère, j’ai vu qu’il avait pris deux balles au bras. Après moi-même j’ai ressenti une douleur au ventre. Quand j’ai soulevé mon habit, j’ai vu que moi-même j’avais aussi pris une balle. C’est suite à cela que j’ai été conduit à l’hôpital ».

Yao Yao, Georges, un instituteur en service à Béoumi depuis quarante ans. « J’étais à la maison en famille quand vers dix heures, des individus ont fait irruption dans mon domicile pour me demander mon ethnie. Quand j’ai répondu, ils ont commencé à me ruer de coups. J’ai reçu des coups de machettes partout, comme vous-mêmes vous le constatez, puis ils m’ont mis une balle au pied. Ma famille a juste eu le temps de se cacher. Après tout cela ils ont saccagé ma maison. A deux ans de la retraite, j’ai tout perdu ». 

Après avoir visité plusieurs chambres de blessés, la délégation du ministre a effectué une tournée dans la ville pour se faire une idée des dégâts. Dieu seul sait combien ils sont importants. Et le ministre de rassurer les uns et autres. « C’est avec beaucoup d’affliction que nous avons appris en même temps que l’ensemble de la Côte d’Ivoire ces tristes événements survenus à Béoumi. En ma qualité de fils de Béoumi, député de Béoumi, surtout membre du gouvernement, sur instruction du premier ministre et du Président de la République, je suis venu aussitôt pour venir m’entretenir avec les différents parents à l’effet de les appeler au calme. Nous avons été très satisfaits de savoir que notre message a été bien entendu. C’est ce que tous mes parents demandaient. Que ce soit des musulmans, des Dioula, des baoulé des chrétiens, chacun en appelait au calme à toute la population pour que définitivement ce qui nous caractérisait au mieux ici à Béoumi, le vivre ensemble, soit une réalité. Je le dirai, vous ne verrez pas ici à Béoumi, une famille Baoulé sans qu’il n’y ait de Dioula à l’intérieur et vis-versa. Donc nous sommes une communauté où le vivre ensemble est une réalité. Nous allons tout mettre en œuvre pour que ce genre de situations ne se répète plus à Béoumi. Vous avez constatez avec moi qu’il y a eu des dégâts et des blessés et des morts. Ceci est très malheureux. Ce sont des constats de la crise. Nous allons très vite les adressés à la solidarité gouvernementale pour que chacun puisse être accompagné par l’effort national ».

Pour sûr quand nous quittions la ville aux environs de treize heures, un retour progressif au calme était observé. Quelques petits commerces commençaient à s’installer et les rues quasiment désertes il y a 48 heures recevaient des hommes. Mais ici à Béoumi, tout le monde se pose une question. Pourquoi cette folie guerrière ?

JPH

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