Libre opinion/Chef et chef

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Je vous salue depuis ma petite tribune où j’observe les derniers évènements survenus dans certains quartiers de notre capitale économique. Notamment les casses qui s’y sont déroulées ces derniers jours. Oui, je suis aussi peiné pour toutes ces personnes qui en sont victimes. J’entends des voix s’élever pour condamner et jeter déjà la responsabilité à certaines autorités administratives, hommes politiques et même le premier des Ivoiriens. Qu’est-ce qu’ils vont vite ! Ils condamnent sans qu’il n’y ait eu jugement. Ils trouvent des coupables sans même que l’enquête du procureur n’ait donné son verdict final. Surtout, ils attribuent un certain laxisme au chef suprême. Dans nos maisons, nous sommes parfois victimes des mêmes agissements. On fait vite de nous pointer du doigt en tant que chef de famille, à la moindre crise. Est-ce pour autant que moi, premier responsable de la maison j’y suis directement mêlé ? Devrais-je dans la foulée prendre la chicotte contre le premier de mes enfants incriminé sans avoir eu la preuve irréfutable de sa culpabilité ? Assurément non, parce qu’un chef, un vrai chef, ne prend pas de décision dans la précipitation. Il ne fait pas les choses à la six quatre deux. Un tel chef n’est n’est un tyran. Aujourd’hui, certains commentateurs tentent d’accréditer l’idée selon laquelle le Président de la République ne contrôlerait plus son équipe et son cercle restreint. De là, ils le comparent à un autre chef qui lui, a couru dès les premières heures des casses avec quelques sacs de riz pour aller compatir à la souffrance des déguerpis. Action noble en effet. Mais avait-il seulement connaissance que des milliers de familles vivaient en ces lieux dont tout le monde reconnaît la précarité ? Pas si évident, car avec le bon cœur qu’on lui attribue aujourd’hui, il s’ y serait rendu avant-hier et hier pour leur offrir gites et couverts. De ma petite tribune, j’ai entendu dire que lui avait un cœur contrairement au Président de notre chère République qu’on découvre subitement avec une pierre à la place du cœur. Cette posture peut séduire ceux qui observent la vie politique à travers la toile. Elle passe mal auprès des hommes sensés et de ceux qui n’ont pas seulement une mémoire sélective pour plusieurs raisons. UN/Alassane Ouattara n’est pas arrivé à la tête de notre pays par un simple jeu de hasard. Son passage à la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), au Fonds Monétaire International (FMI) et sa qualité de premier Premier Ministre et l’unique de Félix Houphouët-Boigny, lui ont permis d’acquérir une bonne connaissance des hommes, du fonctionnement des institutions et des mécanismes de la gestion du pouvoir d’Etat. Il sait très bien que quiconque la valeur de la discipline, de la hiérarchie et de la responsabilité. Venir soutenir aujourd’hui, avec ce qui se passe que l’agir de ses collaborateurs lui échappe, c’est faire fi des quinze années à la tête de notre pays marquées par une stabilité institutionnelle indiscutable, une rigueur budgétaire et la continuité de l’État avec responsabilité. DEUX/L’homme ne nous a pas habitué à agir dans la précipitation. Tout le monde sait très bien que chez lui, tout est calculé. Il parle peu et ne dit jamais rien au hasard. De ma petite tribune, je ne dis pas qu’il est infaillible. Toute administration commet des erreurs parfois par la faute de certains responsables qui se laissent embarquer par un excès de confiance ou simplement par une mauvaise appréciation de certaines situations. Mais, cela suffit-il à confondre des erreurs individuelles avec une absence d’autorité du chef de l’Etat ? Si tel était le cas, alors comment devons-nous justifier les différents remaniements ministériels et réajustements gouvernementaux ? Un chef, un vrai chef, agit toujours par calcul, au moment qu’il juge opportun, dans l’intérêt supérieur de ceux qu’il dirige. L’autorité ne s’exerce pas dans le bruit. Elle ne signifie pas non plus sanctionner à tout bout de champ. La vraie autorité consiste à garder le cap vaille que vaille, maintenir la stabilité et corriger les déviations quand elles surviennent. Oui, les dernières opérations de déguerpissement de certaines zones précaires suscitent naturellement des émotions et des inquiétudes. Personne ne peut et ne devrait rester insensible devant les difficultés vécues par des familles contraintes de quitter leur lieu d’habitation. Mais avouons-le aussi, le chef de l’Etat ne peut pas que gouverner avec émotion. La réalité s’impose bien de fois à lui de façon implacable, le contraignant de regarder la réalité en face. En Côte d’Ivoire, mille fois hélas, chaque année, nous enregistrons des pertes en vies humaines et d’importants dégâts matériels quand survient la saison des pluies. Chaque année, des quartiers construits dans des zones inondables se transforment en pièges mortels. Chaque année, des familles pleurent des proches disparus sous les eaux ou dans des effondrements de terrain. Devons-nous assister passivement. Notre responsabilité à tous est engagée et celle du chef de l’Etat l’est encore plus, lui qui a prêté serment pour veiller sur chacun d’entre nous. Pensez-vous que son inaction soit plus humaine que sa décision ? NON. Son choix ne plaît pas, il est peut-être impopulaire et douloureux, mais c’est l’Etat qui le lui impose. Justement, faire le choix entre l’émotion et l’action n’est pas donné au premier chef. C’est pourquoi il y a CHEF et CHEF.

JPH

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