REPORTAGE/Hambol. Quand le vol de bétail trouble le sommeil des éleveurs.

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Par HJP

S’il y a un phénomène qui trouble le sommeil des éleveurs dans la région du Hambol, c’est bien celui du vol du bétail. Il ne se passe presque pas de semaine sans qu’on en entende parler. Tous les départements du pays Tagbana subissent ce fléau, avec un pic dans le département de Niakara. Cette situation préoccupante pousse les éleveurs et l’ensemble des populations à se mettre sur le pied de guerre.

Dans la nuit du 10 avril 2026, alors que j’étais sur le point de tomber dans les bras de Morphée, je fus réveillé par des coups de sifflets aigus et une clameur qui me parvenait du bout du village. Me disant que l’heure était certainement grave, je sautai donc du lit, enfilai à la hâte un pantalon, un teeshirt et chaussai des sandales. Direction la plaque publique du village, mon village Arikokaha. Une foule compacte y était amassée avec des hommes en tenue de chasseurs traditionnels. Effectivement, il avait urgence. « Nous venons encore saisis par un bouvier du village de la disparition de plusieurs têtes de bœufs cette nuit même après la pluie, Nous savons bien ce qui nous est demandé de faire nous les dozos. Mais comme l’heure est exceptionnellement grave, tout homme qui se sent capable de nos aider d’une manière ou d’une autre ». Ainsi avait parlé l’un des responsables de la confrérie. Que nous restait-il nous autres à faire, à part retourner nous coucher avec l’espoir que dès demain, ces braves hommes allaient nous ramener les quidams pieds et mains liés. Mais rien n’y fit. Cette nuit du samedi passa, le dimanche et le lundi aussi. Les voleurs étaient toujours en cavale avec les bœufs dérobés. Depuis quelques semaines, le schéma est identique. Des vols répétés de bétail sont observés dans l’ensemble de la région du Hambol et singulièrement dans le département de Niakara. Le vol de bétail persiste et préoccupe tout le pays Tagbana, affectant gravement les éleveurs locaux et la sécurité alimentaire. Des réseaux organisés sévissent, entraînant la perte de centaines de têtes de bétail.

Au seul premier trimestre de l’année 2026, la région du Hambol et les zones voisines (comme Ferkessédougou) ont enregistré environ 2 000 têtes  de boeufs dérobées, selon des éleveurs. Au nombre des sous-préfectures visées, figure celle d’Arikokaha avec deux vols successifs en moins d’un an. Mais déjà en novembre 2028, les premiers cas étaient signalés. Deux bouviers et un agriculteur ont été appréhendés par des dozos (chasseurs traditionnels) à Pétionnara, près de Niakara, pour le vol d’une dizaine de bœufs. Cette situation qui s’accentue année après année, inquiète les éleveurs et propriétaires de bœufs au point de leur donner une insomnie. Voyons la succession de ces vols, le mode opératoire de leurs auteurs, les causes et les conséquences, les actions déjà menées et celles à venir pour endiguer ce fléau.

Chronologie des vols de bétail dans la région.

Pour ce qui est des cas récents, tout commence dans la nuit du 1er décembre 2025 à Madoukaha, campement agricole situé au sud de Tafiré, Chez le maire Charles Sanga, sur l’axe routier menant à Niakara. Profitant du sommeil des habitants, deux individus se sont introduits discrètement dans le parc à bétail du sieur Seydou Tuo, ressortissant de la localité. Selon les différents témoignages, après avoir ciblé le plus gros taureau du troupeau, les suspects l’ont frauduleusement soustrait avant de prendre la poudre d’escampette. Les premiers éléments de l’enquête ont indiqué que deux autres complices avaient ensuite pris le relais pour convoyer leur butin vers la ville de Niakara, où le bovin devait être mis en vente. Convaincus d’avoir réussi leur opération, les quatre présumés malfaiteurs espéraient tirer profit de cette activité illicite. Mais mal leur en prit. Alertée, la Brigade de recherche et d’intervention de Korhogo a été saisie de l’affaire. Les enquêteurs ont rapidement remonté la piste, recoupé les informations et reconstitué le mode opératoire du groupe. L’opération a permis le débusquement complet du réseau et l’interpellation de l’ensemble des suspects, mettant ainsi un terme à leur cabale et au « voyage » du bœuf volé. Les autorités sécuritaires ont salué la collaboration active des populations locales, dont les informations ont été cruciales dans le succès de l’enquête. Non sans inviter les populations à faire preuve de vigilance face à la recrudescence des vols de bétail dans la zone. Quant aux quatre présumés voleurs de bovins, ils ont été déférés devant le parquet pour répondre des faits qui leur sont reprochés, a-t-on appris de source sécuritaire. Le 3 juillet de la même année, la brigade de la gendarmerie de Niakara réussissait à son tour, le démantèlement d’un réseau de présumés voleurs de bœufs, à la suite d’une enquête ouverte après une plainte déposée en mai. Une semaine après, selon des sources sécuritaires, une opération a permis l’interpellation, dans le village de Sépikaha, du nommé M. Sidibé, âgé de 33 ans, suspecté de vol de bétail. Il lui était reproché l’enlèvement de 16 bœufs appartenant à un éleveur. Ce vol avait été signalé à la brigade de Niakara le 24 mai 2025. Les investigations menées par les gendarmes ont abouti à l’arrestation de cinq individus dont le sieur Sidibé, considéré comme un membre influent d’un réseau structuré de vols de bétail dans la région. Le 14 avril 2026, à la suite d’une plainte déposée par un éleveur victime de la du cambriolage de 33 bœufs dans le village de Kolokaha, des investigations menées par la police de Niakara, ont conduit, le 19 avril 2026, à l’interpellation de trois individus soupçonnés d’être impliqués dans ce vol. À l’issue de leur garde à vue, les cinq présumés voleurs ont été présentés devant le parquet et placés sous mandat de dépôt au tribunal de justice de Katiola, en attendant leur jugement. Ce coup de filet salvateur de la maréchaussée, n’avait pas fini d’être salué à sa juste valeur par la population locale, régulièrement confrontée au phénomène de vols de bétail, qui affecte gravement les activités agro-pastorales dans le département, que d’autres cas se sont signalés dans d’autres sous-préfectures du département. Notamment à Arikokaha où en l’espèce d’un mois, trois vols de bétail ont été commis. Le premier cas était intervenu dans le courant du mois de février 2026. Il avait impliqué des bouchers locaux et des bouviers étrangers. Ce cas fut traité en interne et réglé à l’amiable. Toutefois, les boucher locaux furent sommés de payer le préjudice au propriétaire de la bête volée. Le second cas de cette même sous-préfecture, a été perpétré le mercredi 10 avril 2026. Ce jour-là, trois voleurs de bœufs ont été surpris par des riverains dans leur sale besogne. Tous de nationalité étrangère, ils ont été pris en flagrant délit par les chasseurs dozos de la localité. L’arsenal pris sur eux, notamment des gris-gris, montre bien qu’ils sont rodés à cette pratique. Dans la nuit du samedi 9 au dimanche 10 mai 2026, alors que des informations persistantes sur la mise en liberté  des mis en cause dans le deuxième cas de vol circulaient, un troisième vol a été commis. 23 bœufs auraient été emportés et depuis lors, les dozos sont encore aux trousses des malfrats. Les voleurs auraient profité d’un temps pluvieux pour opérer.

Quel est le mode opératoire des voleurs ?

Selon plusieurs sources, les vols de bétail ont lieu souvent la nuit. Les quidams profitent de l’obscurité, parfois aidés par la pluie, ls font sortir des parcs, plusieurs animaux qu’ils conduisent à des endroits où les attendent des acheteurs prépositionnels. Parfois aussi, ce sont des animaux errants dans des champs, ayant échappé à la surveillance de jeunes bouviers qui sont ciblés par les voleurs. Lors de leur audition, l’un des mis en cause dans le village de Kolokaha, avaient reconnu le 15 avril 2026, avoir repéré les animaux errants dans un champ, avant de faire appel à deux complices pour l’aider à les déplacer vers un site isolé en attendant leurs présumés receleurs. Les suspects avaient également admis avoir déjà vendu huit bœufs sur le 33 qu’ils avaient réussi à voler à hauteur de deux cents mille (200. 000 FCFA) l’unité. Âgés respectivement de 19, 21 et 30 ans, les trois individus interpellés avaient été mis à la disposition de l’administration judiciaire de Katiola pour la suite de la procédure. Tout naturellement après leur lugubre transaction les deux parties disparaissent sans laisser de traces. Ces jours-ci, les populations et les bouviers peuls sont sur le qui-vive pour organiser la traque de ces voleurs de bétail avec l’aide de la confrérie locale des chasseurs traditionnels.

Causes et conséquences. 

Les causes des vols récurrents peuvent s’expliquer par un manque de collaboration et échange d’informations entre les populations et les éleveurs des différents villages et campements. Lorsque survient un cas de vol dans un village, il est rare que les autres villages environnants se mêlent dans la traque des voleurs. Pourtant une synergie d’actions de ces villages pouvait permettre de vite appréhender les malfrats. Il y a également le manque de collaboration avec les forces régulières. Bien souvent, les éleveurs préfèrent s’en remettre aux chasseurs dozos plutôt qu’aux forces de l’ordre qui ne sont informés qu’au dernier moment où les voleurs sont parfois bien loin.

Circuits clandestins.

Le vol de bétail est souvent lié à l’abattage clandestin, où les animaux volés sont abattus hors du contrôle vétérinaire. La viande issue de ce circuit clandestin est mise sur le marché avec le risque qu’elle soit impropre à la consommation, car des bœufs malades peuvent ainsi être abattus.

Insécurité 

Ces vols contribuent à n’en point douter, à l’accroissement de l’insécurité dans la région. Un voleur de bétail est tout aussi dangereux que tout autre voleur, car il n’hésitera pas à faire usage de son arme à feu-et ils en sont parfois porteurs-ou blanche, s’il se sent menacé. Ils sèment la désolation chez les éleveurs et alimentent l’insécurité rurale. Il est clair que l’insécurité liée aux vols de bétail entraîne également une baisse de confiance des acteurs de la filière, freine les investissements et accentue la précarité des familles vivant essentiellement de l’élevage dans le département de Niakara.

Impact économique

Le vol de bétail plombe l’économie locale et régionale, le secteur de l’élevage étant crucial pour les revenus et la sécurité alimentaire. Dans la région, être propriétaire de bœufs, est considéré comme un signe de richesse. N’est pas propriétaire de bétail qui veut, mais qui peut. Lorsque ces propriétaires sont spoliés de leurs bêtes, c’est un véritable manque à gagner pour eux. Beaucoup d’éleveurs de la région font face à leurs charges familiales grâce à la vente de leur bétail. Le manque de viande sur le marché parfois observé, peut s’expliquer par le vol de bétail. Le trésorier général de la coopérative des éleveurs de bovins et ruminants du département de Niakara, Issouf Koné, a révélé lundi 11 mai 2026, que les statistiques de la coopérative font état de 75 déclarations de vols enregistrées au cours de l’année 2025, pour un total de 1 837 bœufs dérobés dans plusieurs localités du département de Niakara. M. Koné  a dénoncé l’ampleur persistante des vols de bétail dans la circonscription administrative, condamnant un phénomène qui affecte la filière et les conditions de vie des acteurs du secteur. Selon le bilan annuel établi par la coopérative, seulement 134 animaux ont pu être retrouvés, tandis que 11 présumés voleurs ont été appréhendés et mis à la disposition des autorités compétentes. « C’est un véritable coup dur pour les éleveurs, dont plusieurs perdent en l’espace de quelques nuits, le fruit de plusieurs années d’investissement », révèle M. Koné, avant d’ajouter que « Certains éleveurs se retrouvent complètement décapitalisés après le passage des voleurs », a-t-il déploré, soulignant que les pertes financières engendrées réduisent considérablement les capacités de production et de renouvellement des troupeaux.

Actions de lutte en cours et à mener.

-Le renforcement sécuritaire

Le climat général apaisé du pays est salué par l’ensemble des acteurs de la filière élevage du Hambol. Tout le monde est unanime pour dire qu’il faut que les forces de l’ordre (police, gendarmerie) mènent des opérations, comme l’opération Épervier, pour démanteler les réseaux de voleurs. Les opérations sécuritaires actives menées dans le département de Niakara en 2026 et concentrées principalement sur la lutte contre l’orpaillage illégal et la sécurité routière dans la région du Hambol sont à saluer. De même que le renforcement de la présence policière avec la mise en place du commissariat de police à Niakara. Toutefois, ils demandent leur renforcement et leur extension aux villages et campements où se réfugient parfois de grands bandits traqués en ville. Ladji Ouattara, éleveur à Latokaha. « Je salue les différentes actions menées par nos policiers et gendarmes dans le cadre du renforcement sécuritaire. Il faut étendre ces actions à nos villages et campement. C’est là-bas que nous sommes sans défense. L’opération Epervier saluée par tous, n’est pas arrivée dans les villages. Il faut revoir cet aspect », plaide-t-il.

-De la nécessité de doter les éleveurs d’infrastructures

La construction de parcs à animaux modernes et de quais d’embarquement, dans le Hambol, peut réduire considérablement la transhumance à pied (interdite) et sécuriser le transport du bétail pour limiter les vols, car c’est au cours des déplacements incontrôlés des bêtes qu’elles courent le risque d’être volées. Il faut aussi doter d’autres sous-préfectures de commissariats de police et de brigades de gendarmerie. « Moi je voudrais plaider pour la construction d’une brigade de gendarmerie à Arikokaha. Lorsque nous sommes soumis à un cas d’insécurité, l’attente se fait longue si les gendarmes doivent venir depuis Niakara. Arikokaha est une sous-préfecture qui mérite bien une présence régulière de force de l’ordre avec les sites d’orpaillage illégal qui y pullulent », a plaidé le président de la jeunesse, Ouattara hariko. 

-La Coopération entre les différents états.

Une coopération transfrontalière et régionale est en cours, avec le soutien d’organisations internationales (FAO), pour numériser le suivi du cheptel et mieux coordonner la lutte. Il convient de l’encourager et souhaiter sa mise en pratique rapide. . 

L’avis du trésorier général de la coopérative des éleveurs de bovins et ruminants du département de Niakara, Issouf Koné.

Outre les vols, Issouf Koné a évoqué d’autres difficultés affectant la filière bovine et des ruminants, notamment la divagation des animaux, source d’accidents de la circulation. Le bilan annuel de la coopérative fait état de cinq accidents impliquant des bœufs en errance en 2025.

Au total, le vol de bétail dans la région du Hambol est un fléau qui prend de l’ampleur et menace le pouvoir d’achat de nombreux éleveurs. A la longue, il peut entraîner de graves conflits entre les éleveurs locaux sur le pied de guerre, qui accusent ceux venus des autres pays, notamment les peulhs, den être à l’origine. Ce fléau vient s’ajouter à un à un autre qui constitue déjà une source de conflits entre les agriculteurs et les éleveurs. Bien que plus ancien, ce dernier phénomène fragilise la cohésion entre les différentes communautés et tient sa part de répercussion néfaste sur l’économie régionale, car lors de ces conflits, des bêtes  sont tuees. Ce qui représente une perte financière pour les éleveurs. Il faut donc tout mettre œuvre pour circonscrire le vol de bétail qui avec les chiffres révélés pour le seul premier trimestre de l’année 2026, plombe l’économie  du pays Tagbana avec une production d’anacarde en chute libre. Bon nombre d’actions peuvent être menées pour le circonscrire ou à tout le moins, l’amoindrir. Il s’agit d’une vraie collaboration entre les populations et les forces de l’ordre, dont les résultats des nombreuses actions de terrain, sont reconnus et salués par tous.

Ce que pense un éleveur de Niakara ayant requis l’anonymat.

Bonjour M. Que représente pour vous le vol de bétail à Niakara ?

Évidemment c’est une grande perte pour nous les éleveurs. Chaque jour, nous dormons et nous réveillons avec la hantise du vol de nos bêtes. C’est difficile à supporter. Les bêtes sont parquées loin du village. Les voleurs viennent nuitamment pour les soustraire des parcs.

Quels sont les auteurs de ces vols ?

Il faut le dire tout net. Ce sont, pour la plupart des cas, des étrangers venus des pays voisins du Nord. Il y a parfois des fils de nos villages. Mais bien souvent , ces derniers se font prendre rapidement parce qu’ils abattent les animaux volés pour vendre la viande au village. Pour ces cas, il s’agit d’une ou deux têtes de bœuf tout au plus. Mais les voleurs étrangers eux, emportent plusieurs animaux.

Avez-vous des solutions à proposer ?

C’est de demander aux autorités de nous aider. Quand il y a des cas de vols, ce sont les dozos seuls qui se lancent à la poursuite des voleurs. Ils devraient être appuyés par les forces de l’ordre régulières. Peut-être que l’information ne leur parvient pas à temps. Dans tous les cas, il faut que les deux parties collaborent. Pour notre part, dans les villages, les chasseurs traditionnels doivent organiser des patrouilles régulières. Ils ne doivent pas seulement attendre que des vols surviennent pour se lancer à la poursuite des voleurs qui parfois, sont déjà très loin. Je propose aussi un échange d’informations rapide entre tous les villages du département en cas de vol.

Par Jean Pierre HORO avec Le Patriote

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