Par JPH avec le quotidien Le Patriote.
Sous un soleil ardent exposant les visiteurs à la merci des moucherons du fait de la sueur qui dégoulinait les visages, nous avons sillonné durant au moins quelques plantations d’anacardiers. Objectif, comprendre la complainte des paysans par rapport au ralentissement de la production de l’année 2026. L’aventure fut périlleuse mais exaltante, avec un constat sans appel. Le verger vieillissant et ne résiste pas au changement climatique.
Ce mardi, 5 mai 2025, c’est où un soleil de plomb que nous sommes accueillis par Coulibaly Amadou Gérard, chef du village de Halnankaha. Producteur d’anacarde, ce vieillard qui a vu défilé sous ses yeux de nombreuses l’une est très inquiet. Pour le sachant qu’il est, la récolte cette année sera médiocre. « Nous nous attendions à une bonne production. La floraison était bonne au début de l’année. Contre toute attente, au fur et à mesure que les jours passaient, les fleurs ont commencé à sécher au moment où elles avaient de l’eau. Une sécheresse incompréhensible s’est installée. Il y a donc eu une première production avant que les premières pluies ne tombent. La floraison a repris de nouveau, mais les noix qui tombaient étaient noircies par ces pluies. Même aujourd’hui où je vous parle, des arbres continuent de produire dans les champs. Je me demande quand la récolte va prendre fin. Les autres années, à pareil moment nous étions dans la phase du deuxième choix (d’avril à juin) après le premier choix (de janvier à mars). Mais franchement, cette année, nous sommes presque passés directement à la deuxième tranche de la production avec l’arrivée tardive des pluies », révèle-t-il. Notre interlocuteur confie produire par le passé six à sept tonnes et demie. « Cette année, c’est à peine deux tonnes que j’ai pu produire. Il y a eu plusieurs floraisons dans les champs, mais toutes ont été balayées par un vent sec », regrette-il notre interlocuteur. Acheteur local, Mme Ballo Sara confirme la baisse du volume et la dégradation de la qualité. « Les graines sont noires, de formes variées. On est passé de trois à cinq chargements par campagne à un seul. Beaucoup abandonnent l’activité », martèle-t-elle. Un autre producteur confie avoir jeté l’éponge. « Je n’en pouvais plus. Je n’avais la force de voir mais plante mourir. J’ai presque abandonné ma plantation, ma seule source de revenue. Je suis obligé de faire appel à mes fils qui vivent à Abidjan pour m’apporter un appui », confie- cet autre interlocuteur qui semble avoir presque perdu goût à la vie. Dans la localité, le constat est implacable : des pluies irrégulières et des températures inhabituelles. Du fait du changement climatique, selon l’avis des populations, a perturbé la floraison. Cette situation, selon les planteurs de la région impacte fortement la production d’anacarde en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, en désorganisant le calendrier agricole. Les variations de températures et la baisse de la pluviométrie entraînent une diminution des rendements, des sécheresses prolongées, et menacent la pérennité de cette culture pourtant perçue comme une adaptation à la dégradation des sols. Le département de Niakara n’échappe pas à ce phénomène dont les principaux impacts sont visibles. Il s’agit entre autres du dérèglement des Calendriers Agricoles : L’instabilité de la pluviométrie et de la température) rend difficile le respect des cycles de floraison et de fructification de l’anacardier, de la sécheresse et la Chaleur : Les sécheresses prolongées et la hausse des températures sont à la base de la réduction de l’eau faisant diminuer le rendement et la qualité des noix, de l’intense ensoleillement ou la forte humidité durant la période critique peut dessécher les fleurs et réduire le taux de la formation des fruits. « Cette année, nous nous attendions à une bonne production. La floraison était bonne au début. Mais malheureusement au fur et à mesure que les jours passaient, les fleurs ont commencé à sécher au moment où elles avaient de l’eau. Une sécheresse incompréhensible s’est installée. Il y a donc eu une première production avant que les premières pluies ne tombent. La floraison a repris de nouveau, mais les noix qui tombaient étaient noircies par ces pluies. Même aujourd’hui où je vous parle, des arbres continuent de produire dans les champs. Je me demande quand la récolte va prendre fin. Les autres années, à pareil moment nous étions dans la phase du deuxième choix (d’avril à juin) après le premier choix (de janvier à mars). Mais franchement, cette année, nous sommes presque passés directement à la deuxième tranche de la production avec l’arrivée tardive des pluies », révèle Coulibaly Amadou Gérard.

Des vergers vieillissants.
La majorité des producteurs de Niakara ont noté une baisse de la productivité en 2026, liée à l’âge avancé des arbres. Le vieillissement des vergers d’anacardiers est une problématique majeure dans le département de Niakara, affectant significativement la productivité et la qualité de la noix de cajou. De nombreuses plantations, établies depuis plusieurs décennies, ont atteint un stade de maturité où leur rendement baisse. Les premiers vergers ont fait leur apparition à partir des années 1960-1970, ces plantations ont commencé à être structurées pour la production de noix de cajou, devenant une source de richesse pour les populations des zones de savane. Ces vergers, créés entre 1970 et 1980 en désordre, sont aujourd’hui considérés comme vieillissants, incitant au renouvellement des plantations, mais les planteurs ne s’inscrivent pas dans cette voie. Beaucoup de paysans rechignent à recéper leurs plantations. Un ex agent de l’ANADER aujourd’hui à la retraite, Dieudonné Koné est formel : « Nos parents ont plutôt fait du reboisement que de créer des plantations d’anacarde. Il est quasi impossible de pouvoir circuler dans ces plantations, ce qui devait l’être pour faciliter la sortie de la production. J’ai visité des champs et conseillé aux propriétaires de faire du recépage ou de les raser simplement pour créer des plantations modernes, mais c’est comme si je prêchais dans un désert. Il est clair que le vieillissement des vergers est l’une des grandes causes de la chute de la production ». Selon M.Dieudonné Koné, plus de 80% des plantations sont denses, avec des arbres âgés qui produisent moins avec des rendements inférieurs à 350-400 kg/ha, contre un potentiel bien plus élevé avec de jeunes plants…Certains paysans sont pourtant conscients du vieillissement de leurs champs, mais disent ne pas être prêts à les renouveler. « Je sais bien que ma plantation d’anacarde a vieilli. D’ailleurs, je l’ai héritée de mon défunt père. Mais si je dois couper les vieux plans qui me donnent un peu d’argent aujourd’hui, comment pourrais-je faire à mes nombreuses dépenses entre-temps ? On dit qu’un tien vaut mieux que deux tu l’auras. Si le gouvernement veut qu’on rase les anciens champs, il faut qu’il nous propose un mécanisme de soutien en retour. L’anacarde est notre cacao. Il serait difficile de ne rien vendre pendant une campagne », nous confie Touré Alima, productrice à Tortiya. En plus du vieillissement des vergers, il y a un manque criant d’entretien.
La commercialisation et le prix.
Le prix bord champ de 400 FCFA en 2026 est jugé insuffisant. Il est légèrement à côté de celui de la campagne écoulée. Comme chaque année, la plupart des paysans se plaignent du prix bord champ jugé insuffisant. Et dire que ce prix par rapport à la campagne écoulée a connu une légère baisse. De quoi décourager plus d’un producteur. Ils ont exprimé leur mécontentement face à ce tarif fixé par le gouvernement en février 2026, estimant qu’il ne couvre pas suffisamment leurs coûts de production bien que ce prix soit maintenu dans une fourchette haute par rapport aux sept dernières années. « Je m’attendais à un prix compris entre 600 et 1000 FCFA le kilo. Mais si cela n’a pas été possible, au moins le prix de l’an passé devait être maintenu », a confié Ali Ouattara, producteur à Niédiékaha,
Des pisteurs véreux.
Le problème des pisteurs et des acheteurs indélicats demeure entier dans le département de Niakara au fur et à mesure que les campagnes se succèdent. Les pisteurs se classent en trois catégories : les « pisteurs mobiles », les « pisteurs résidents » et les « Grand Pisteurs ». Ils sont souvent indexés comme de mauvais acheteurs, ne respectant pas le prix bord champs. Ils travaillent en général pour un grossiste particulier qui les préfinance. Leur objectif premier est de repérer dans une zone de plusieurs dizaines de kilomètres des quantités de plusieurs tonnes d’anacarde. La plupart d’entre eux ne détiennent pas de documents officiels et il n’est pas rare qu’ils disparaissent avec des quantités de produit amassé qui n’est pas enregistré officiellement dans la zone de production. Cette année encore, des producteurs ont fait les frais de ces personnes de mauvaise intention. Ainsi, des producteurs ont vu leur production enlevée et ne sont pas encore entrés en possession de leur argent. « Pour moi, notre vrai problème, ce sont les pisteurs véreux. Ils sont à la base du non-respect du prix fixé par le gouvernement. Dieu merci, ces deux dernières années, dans nos différentes localités, les autorités ont pu réduire leur nuisance; mais ils continuent de rôder dans nos régions. Eux-aussi contribuent à la chute de la production, puisque personne ne sait exactement où va la quantité de produits qu’ils achètent. », a dit Pégaglin Touré à Kanawolo.

Les produits phytosanitaires. bons ou mauvais ?
A Niakara, nombreux sont les agriculteurs qui commencent à s’interroger sur le bien fondé des produits phytosanitaires. A cause du manque de main d’œuvre, les paysans qui se tournent vers ces produits, s’interrogent aujourd’hui sur leur impact sur les plantes. Coulibaly Benoit, planteur à Arikokaha. « J’ai fait la remarque que l’utilisation successive des pesticides agit négativement sur nos plantations. Ils accélèrent le vieillissement des plantes. En tout cas, moi j’évite de les utiliser systématiquement chaque année. Disons que j’espace leur utilisation. Une fois tous les deux ou trois ans ». Face à la chute libre de la production, de nombreux acteurs de la filière du département ont indiqué constater une baisse significative des quantités récoltées à cette période de l’année 2026 comparativement aux campagnes précédentes. «Depuis le début de ma récolte, le 15 janvier 2026, je n’ai pu recueillir à ce jour que quatre sacs de 100 kilogrammes chacun, soit 400 kilogrammes, contre environ une tonne et plus à la même période les années antérieures », a confié le responsable des producteurs d’anacarde de Niakara, Thibault Kélo. Ce constat est partagé par d’autres exploitants agricoles de la localité, qui signalent néanmoins que la floraison est toujours en cours dans les plantations, retardant ainsi la pleine entrée en production des vergers. Pour ces producteurs, ce décalage de production serait principalement lié aux effets du réchauffement climatique, notamment l’irrégularité des pluies et les variations inhabituelles de température. Toutefois, certains mettent également en cause la qualité ou l’efficacité des produits phytosanitaires utilisés pour le traitement des plantations.
Les conséquences de cette situation.
La baisse des rendements due à ces aléas affecte directement les revenus des producteurs. Dans le département de Niakara, l’anacarde constitue la première source de revenus pour les paysans. Si sa production continue de chuter comme en 2026, il est clair que le développement de ce département va prendre un coup. Le bel élan amorcé avec des maisons d’habitation qui sortent tous les jours de terre, pourrait s’arrêter. Ce sont aussi plusieurs enfants qui risquent de ne pas être scolarisés et qui n’auront d’autre choix que de se tourner vers les mines d’or, un fléau qui a déjà la peau dure dans le département. Ce sont aussi plusieurs filles qui pourraient se tourner vers la prostitution. De façon générale, la qualité de la vie va se dégrader avec des populations incapables de se nourrir et de se soigner convenablement.
Que faut-il faire ?
Plusieurs solutions peuvent être envisagées pour stopper la chute de la production d’anacarde. Entre autres, l’initiation d’une bonne campagne de sensibilisation sur le changement climatique, encourager et accompagner les paysans à renouveler les vieux vergers, veiller au strict respect du prix bord champ, par une traque des pisteurs indélicats. Pour leur part, les agriculteurs doivent se regrouper en coopératives qui doivent constituer les seuls cadres de vente de leur production. Le Comité de veille départementale de la campagne de commercialisation de la noix de cajou de Niakara mis en place le 20 avril 2026 à la préfecture, doit poursuivre ses efforts de présence accrue de ses équipes de contrôle et le renforcer les mécanismes de surveillance des activités commerciales sur le terrain.
Selon les données présentées, 358 pisteurs ont été identifiés pour 24 acheteurs officiellement enregistrés dans le département. Dans le cadre du respect de la réglementation, plusieurs contrôles inopinés ont été menés par les acteurs impliqués, notamment les agents locaux du Conseil du coton, de l’anacarde et du karité (CCAK) du Hambol. Ces opérations ont permis de déceler diverses irrégularités. Certains pisteurs ont été sommés de se conformer aux normes en vigueur, deux magasins ont été fermés et trois pisteurs ont vu leurs activités suspendues pour achat de produits humides, une pratique préjudiciable à la qualité de la noix de cajou. Les pisteurs devront obligatoirement se munir d’une carte professionnelle pour tout achat de l’anacarde, ce qui aura pour avantage de ressortir le vrai tonnage de leur production. Il faut aussi que l’Etat encourage de plus en plus la transformation locale et incite les paysans à l’utilisation de plants greffés pour améliorer les rendements. Mais déjà, il faut saluer les actions de régénération et les programmes de réhabilitation des vergers prévus par le Conseil du Coton et de l’Anacarde (CCA) dans le département. Ces opérations incluent la taille, l’éclaircissage, le recépage et le sur greffage. Il faut également encourager la replantation avec des variétés greffées plus performantes, visant à augmenter la productivité et le rendement moyen par hectare. Les autorités doivent continuer d’encourager les producteurs à adopter ces pratiques de réhabilitation. En 2025, le département a enregistré 38,3 mille kg, soit 30% de la production du Hambol estimée à plus de 120 mille tonnes chaque année, classée deuxième région productrice du pays derrière le Béré. Au titre de la campagne de commercialisation 2026, le gouvernement ivoirien a fixé le prix bord champ du kilogramme de noix de cajou bien triées et bien séchées à 400 FCFA, contre 425 FCFA l’année dernière, soit une baisse de 25 FCFA. Malgré cette légère diminution, les producteurs continuent de considérer l’anacarde comme une culture rentable au regard de ses rendements et de la demande soutenue sur les marchés. Mais la campagne 2026 de l’anacarde a connu un ralentissement de la production à cause de plusieurs facteurs dont les principaux sont le fait du changement climatique, le vieillissement de nombreux vergers et la déception des producteurs face au prix bord champ.

En définitive, face aux défis climatiques et économiques, l’anacarde apparaît ainsi comme une alternative durable pour les producteurs du département de Niakara, alliant sécurité alimentaire, revenus stables et préservation de l’environnement. Mais la campagne de 2026 aura été marquée par une baisse considérable de la production, laissant quelque peu les producteurs dans le désarroi. Il convient donc de tout mettre en œuvre pour ne pas que cette situation se reproduise dans les années à venir. Le renouvellement des vergers, la lutte contre le changement climatique et la transformation locale peuvent avoir leur pesant d’or dans la lutte contre la chute libre de la production. Toute chose qui ne fera que le bonheur des braves paysans de ce département.

ENTRETIEN AVEC UN PRODUCTEUR DE NOIX DE CAJOU DE LA SOUS-PREFECTURE D’ARIKOKAHA
Bonjour Monsieur. Présentez-vous à nous et dites-nous quel bilan faites vous de la campagne d’anarcarde 2026 à Arikokaha
Bonjour Monsieur. Je suis Seydou Koné, producteur d’anacarde, membre de la coopérative des producteurs d’ancarde d’Arikokaha. Comparée aux campagnes précédentes, notamment celles de 2024 et 2025, je dirais que nous n’avons pas vécu une bonne campagne. La production est nettement inférieure à celle de la campagne écoulée. Nous avons de grands producteurs qui livraient à la coopérative au moins cinq tonnes par an. Cette année, la plupart de ces producteurs n’ont même pas pu livrer deux tonnes. C’est catastrophique. Pour les producteurs modestes, la situation est encore désastreuse. Nous sommes très loin du tonnage que nous réalisions pendant les années antérieures. Moi-même je suis producteur. Franchement ma production n’a pas été bonne. Comme moi, beaucoup de paysans s’étaient endettés pour entretenir leurs champs. Nous sommes dans le désarroi.
Comment expliquez-vous cette situation ?
Moi je pointe du doigt la longue sécheresse survenue cette année. Depuis pratiquement le mois de septembre, il n’a plus pratiquement plu chez nous. Les quelques pluies qui sont tombées sont arrivées tardivement. Elles auraient dû arriver avant la floraison, mais cela n’a pas été le cas. Avec le fort ensoleillement, les fleurs ont fini par sécher sur les arbres. Chaque fois qu’il y avait un semblant de pluie, les arbres commençaient à fleurir. Actuellement même, des arbres continuent de fleurir dans des champs. Personnellement, je n’ai jamais vécu ce phénomène. Peut-être que c’est le changement climatique dont on parle tant. Il y a également le vieillissement de nombreux champs et nos parents ne sont pas prêts à les réhabiliter.
Quelles sont vos solutions à la baisse de la production ?
D’abord, il faut que nous les paysans prenions conscience du changement climatique pour voir comment aider les arbres quand il ne pleut pas. En général, nos parents n’utilisent pas les engrais dans les champs d’anarcarde. Peut-être qu’il va falloir regarder de ce côté aussi. Il faut aussi songer à reboiser nos vergers pour protéger les arbres contre le fort ensoleillement. Je demanderais aussi à l’Etat de nous soutenir dans la réhabilitation des vieux champs en nous accordant une subvention. Ce qui nous permettra de pallier le manque à gagner pendant les campagnes suivantes. J’exhorte aussi mes parents producteurs à vendre leur production uniquement dans le cadre de la coopérative. Cela est très important pour qu’on sache le tonnage exact que nous réalisons chez nous.
JPH avec Agnes Kouaho, Le Patriote













