Violences sexuelles en temps de conflit : le Code Murad au cœur d’une campagne nationale

0
162

Face à la recrudescence des violences sexuelles commises lors des conflits en Côte d’Ivoire, une vaste campagne de sensibilisation est en cours pour faire connaître le Code Murad, un outil international de protection des victimes.

En première ligne de cette initiative : l’ONG Femmes en Action, dirigée par Irad Gbazalé, qui œuvre sans relâche pour que ce référentiel soit adopté à grande échelle.

Mis en place par l’Institute for International Criminal Investigations (IICI), le Code Murad établit des principes clairs pour le recueil, la documentation et la diffusion des témoignages de survivantes de violences sexuelles.

Il a été élaboré à partir des récits de 71 survivant(e)s et les contributions de 160 experts internationaux issus de 110 pays.

Son nom rend hommage à Nadia Murad, survivante yézidie et prix Nobel de la paix, devenue un symbole mondial de la lutte contre les violences sexuelles en temps de guerre.

Une urgence ivoirienne : informer, protéger, transformer

En Côte d’Ivoire, les traumatismes liés aux crises sociopolitiques passées ont laissé des séquelles profondes. De nombreuses femmes et jeunes filles victimes de viols ou d’agressions sexuelles restent dans l’ombre, ignorées ou stigmatisées. C’est pour briser ce silence que l’ONG Femmes en Action mène une campagne de vulgarisation nationale du Code Murad.

Son objectif est clair : sensibiliser tous les acteurs, des journalistes aux leaders communautaires, en passant par les représentants de l’administration et les membres de la société civile, à une meilleure prise en charge des survivantes. « Ce code est un guide éthique. Il aide à aborder ces drames humains avec respect, rigueur et compassion », explique Irad Gbazalé, présidente de l’ONG.

Les médias au centre du changement

Le rôle des médias est central dans cette dynamique. Marion Volkmann, coordinatrice adjointe du Projet Code Murad, souligne : « La manière dont une histoire est racontée peut réconforter ou blesser à nouveau. Il est donc indispensable que les journalistes s’approprient les principes du Code Murad pour protéger les survivantes, tout en informant le public. »

Concrètement, Femmes en Action organise des sessions de sensibilisation, des ateliers de formation et des webinaires interactifs avec des professionnels des médias, mettant en lumière les bonnes pratiques en matière de traitement de l’information liée aux violences sexuelles.

Une vidéo poignante, une prise de parole historique

Point fort de la campagne : la diffusion, le 19 mai 2025, d’une vidéo émouvante dans laquelle plusieurs survivantes ivoiriennes prennent la parole.

Leurs témoignages, empreints de douleur mais aussi de dignité, appellent à la justice et à la réparation.

« Ne nous oubliez pas. Tenez vos promesses de justice », lancent-elles d’une seule voix dans cette vidéo de trois minutes qui a ému l’opinion publique et largement circulé sur les réseaux sociaux.

À travers cette campagne nationale, Femmes en Action espère établir le Code Murad comme référence dans toutes les démarches liées à la justice transitionnelle, à la couverture médiatique et à l’accompagnement des survivantes. « Le silence protège les bourreaux. La parole, elle, peut sauver des vies et reconstruire des communautés », conclut Irad Gbazalé.

Cette initiative marque un tournant dans la lutte contre les violences sexuelles liées aux conflits en Côte d’Ivoire, avec un message fort : plus jamais dans l’oubli, plus jamais sans justice.

Davila Y

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici