
S’il y a un vœu particulièrement cher aux producteurs d’anacarde du département de Niakara, c’est bien celui de pouvoir écouler leur production à de meilleurs prix que ceux de l’année dernière. En effet, la campagne 2018 fut un véritable cauchemar pour bon nombre d’entre eux qui ont encore sous la main le stock de leur production. Au moment où ces derniers regardent avec beaucoup d’espoir leurs arbres déjà en production, ils ont le regard tourné vers le ciel à l’implorer de leur éviter le traumatisme de la mévente de leur production. En attendant, se collant au proverbe qui dit « comme on fait son lit, comme on dort », ils prennent toutes les précautions pour protéger leurs champs qui, en cette période de sécheresse, sont sous la menace quotidienne des feux de brousse. Tous aussi ont l’oreille tournée vers la fixation du prix bord champ de la noix de cajou pour cette campagne de 2019. Enfin demandent-ils à l’Etat de les sauver des griffes des acheteurs véreux et revoir les taxes au rabais.
2018, un prix d’achat intéressant, mais au final une campagne noire pour les producteurs de Niakara
La campagne écoulée sera longtemps gravée négativement dans les esprits des producteurs de Niakara en dépit d’un prix d’achat bord champ du kilogramme d’anacarde jamais égalé, 500 francs CFA. Il n’en fallait pas plus pour donner le sourire à tous les producteurs. En effet cet espoir se comprenait logiquement. Car « Si par le passé le prix bord champ qui n’a jamais effleuré la barre ses 500 frs CFA a permis aux paysans de commercialiser leur production à mille francs et plus, qu’en sera-t-il s’il a atteint les 500 frs » ? Réponse logique, ils s’attendaient à vendre bien au-delà de 1000 frs CFA. Ce prix bord champ qui a fait grimper le prix d’achat du kilogramme à 600, 700 et 800 frs en quelques semaines après l’ouverture officielle de la campagne, entretenait cet espoir. Malheureusement, comme un château de cartes, ces prix vont descendre sans que les paysans ne comprennent rien à rien. Les plus prudents ont vite fait de liquider leur production quand les plus optimistes ont continué à garder par devers eux leur stock et ce jusqu’à ce jour où nous sommes à l’orée de la nouvelle campagne, celle de 2019.

<< Le prix était devenu dérisoire atteignant parfois 250fr voir moins, le kilogramme >> a déclaré Koné Innocent un producteur à NIAKARA dont le stock de l’année dernière n’a pas été vendu. Pourtant selon lui, « tout avait bien commencé ». Les producteurs comme Koné Innocent ne se comptent plus à Niakara. Du coup leur production invendue de l’année dernière constitue une menace pour la qualité de la nouvelle.
La nouvelle production sous la menace de l’ancienne
Il est évident que l’ancienne production n’est plus de bonne qualité vues les conditions de sa conservation. Elle sera classée en catégorie 2 et ne peut être commercialisée au même prix que la nouvelle production. Alors Niakara connu pour la qualité de son anacarde ne court pas des risques à voir des personnes de mauvaise foi ruser pour écouler leur ancienne production ?
Les feux de brousse, une autre menace pour la campagne 2019
Comme chaque année, les feux de brousse constituent une menace réelle pour les plantations qui vont avoir fort à faire avec l’harmattan particulièrement virulent cette année. Aussi les éleveurs Peuhls qui pour leur grand ensemble quitté la région, ont laissé derrière eux de hautes herbes qui constituaient l’alimentation de leurs bêtes, Ces herbes asséchées peuvent être source d’incendie des plantations.
Le prix bord champ attendu
L’année précédente, les paysans s’étaient plaints à tort ou à raison de la fixation tardive du bord champ. Toute chose qui dans son attente, avait poussé certains parmi eux à vendre avec des unités de mesure non conformes, (notamment le contenu de la boîte moyenne de tomate patte qui bien remplie, fait au moins un kilogramme et demi, vendue à 200 frs là où le prix bord champ fixera le prix d’achat du kilogramme à 500 frs).
Faire la guerre aux acheteurs et autres pisteurs véreux
Disons le, ici et maintenant, la plus grande menace pour les producteurs reste les acheteurs véreux. Ces derniers ne se sont jamais pliés aux injonctions du gouvernement. Ils refusent d’appliquer le prix imposé par l’Etat. Et l’on a encore en mémoire les propos du délégué du Conseil Coton-Anacarde, (CCA) de Niakara : « Depuis le 15 février 2018, le gouvernement ivoirien a fixé le prix plancher bord champ à 500 f CFA. Celui qui vous propose un prix en deçà de ce montant, doit être immédiatement signalé auprès des autorités locales, et mieux, auprès du comité de veille départemental présidé par le préfet », avait enjoint Sinaly koné aux producteurs. Cet appel reste encore de mise. Mais reste à savoir si les choses vont évoluer.
La vente par anticipation, de la responsabilité des paysans

Une catégorie de paysans se livre elle-même pieds et mains liés aux desideratas des acheteurs. Pour une raison ou une autre de besoin d’argent, ils empruntent de l’argent avec ces dernier, en acceptant de leur vendre leur production au prix qu’ils leur déterminent eux-mêmes, de sorte qu’ils ne sont plus liés au prix bord champ. Avec cette pratique, il n’est pas rare de voire des paysans vendre plus en terme de quantité de produit et gagner moins en argent. En 2018 plusieurs cas similaires étaient signalés dans les villages d’Arikokaha, Kanawolo, Nangoniékaha et Latokaha.
Revoir les taxes et amorcer la transformation sur place.

Dans leur grande majorité, les acheteurs ont relevé une panaplie de taxes qui leur ont rendu la tâche difficile. Ils ont cité le Droit unique de sortie, (Dus), le prix Caf, (Coût Assurance Fret) et les frais de route qu’ils souhaitent véritablement voir se réduire cette année.
Koné Ambroise, acheteur rencontré à Niédiékaha:« L’année dernière nous avons été confrontés à beaucoup de taxes. On ne pouvait donc pas payer à un bon prix. Il y avait notamment le DUS qui s’élevait à 105fr/kg. Si le prix d’achat est à 500fr le kg, moins le DUS, moins les frais de transport et autre fais de route, que restera t-il à l’acheteur », s’est il interrogé. Un des responsables de la FENAPACI de Korhogo (Fédération Nationale des Producteurs d’anacarde de Côte d’Ivoire) qui a même ne dit pas autre chose. Puis d’expliquer: « Le DUS représente 10 % d’un investissement. Par exemple si un exportateur achète pour 1milliard d’anacarde il doit payer 100 millions de taxe douanière à l’État de Côte-d’Ivoire. Ce qui n’est pas fait pour arranger les choses.
Le prix CAF (Coût d’Assurance Fret) qui devrait permettre aux producteurs d’amortir les dépenses, atteint difficilement les 40%, le reste 60% est une propriété de l’État »
Finalement la solution salvatrice aux dires de deux autres producteurs de NIAKARA, Koné Sotigui et Coulibaly Richard est l’installation d’unités de production qui vont transformer la noix de cajou sur place. « Il faut créer des usine chez nous aussi qui vont transformer sur place notre anacarde. Faute de cela nous allons toujours pleurer », a dit Sotigui.
Comme on le voit, la pré campagne 2019 ici à Niakara, suscite à la fois beaucoup d’espoir avec une production qui pourrait être meilleure qu’en 2018, mais aussi beaucoup d’inquiétudes chez les populations eu égard à la situation de mévente du produit de la campagne écoulée. Au gouvernement il appartiendra de revoir les taxes, d’engager une lutte sans merci aux acheteurs véreux en faisant appliquer le prix bord champ par tous. Aux producteurs il faut renoncer à la vente par anticipation, veiller à l’entretien des vergers et procéder à la dénonciation systématique de tout opérateur malhonnête.
JPH et Gnakouri Tostao













