DOSSIER/Comprendre la crise de l’eau à Bouaké

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BOUAKÉ

Comprendre la pénurie d’eau et savoir comment elle a trouvé solution

AGNÈS KOUAHO CORRESPONDANT

Difficile, voir impensable pour un nouveau fonctionnaire ou un nouvel agent public ou privé ou même toute autre personne qui arrive nouvellement à Bouaké, de savoir qu’il y a quelques semaines, trouver de l’eau ici, relevait d’un vrai parcours du combattant, tellement aujourd’hui l’eau coule en abondance dans les robinets. La crise de l’eau semble bien loin derrière. Tous les quartiers de la capitale du centre ont aujourd’hui de l’eau faisant oublier aux riverains le moments où il fallait se réveiller très tôt avec des barriques, des bidons, des seaux, des cuvettes et toutes sortes d’ustensiles pouvant recueillir de l’eau, pour aller attendre au bord de la route, une citerne salvatrice de l’Office national de l’eau potable, (Onep). Et pourtant, on aura tout dit à ciel ouvert. Que le pouvoir avait oublié Bouaké. Que le Président de la République avait abandonné les populations de Bouaké. Mais revenons sur cette crise de l’eau dans le Gbêkê. Comment a-t-elle évolué pour trouver aujourd’hui une solution ? A qui attribuer cette solution ? Quelle est la situation actuelle de l’eau a Bouaké ?

2018, une année difficile pour les habitants de Bouaké.

<< Depuis bientôt une semaine, je ne vais plus au travail. Nous n’avons pas de l’eau pour laver les voitures, parce qu’il n’y a plus de l’eau dans les robinets. Nous, nous travaillons avec l’eau, et quand il n’y a pas d’eau, c’est le chômage pour nous. Il faut que le gouvernement fasse quelque chose pour sauver Bouaké, si non, c’est le nombre de sans emplois qui va augmenter >>. C’était le cri de coeur d’un jeune laveur d’autos au plus fort de la crise.

Si déjà en décembre 2017, il y avait déjà des signes avant coureurs d’une pénurie d’eau dans la capitale de Gbêkê et ses environs, eu égard aux coupures intempestives d’eau, à partir du mois de mars, on était en plein dans la crise de l’eau. Les mouvements humains se faisaient déjà observer dans la plupart des quartiers. Bidons, seaux et cuvettes à la main ou sur la tête, ou encore dans des charrettes, des brouettes ou à motos pour les plus fortunés, les quelques cours qui avaient un puits étaient prises d’assaut de jour comme de nuit par les voisins ou même par des habitants de quartiers bien plus lointains, pour se procurer le liquide source de vie. Très tôt, l’on a vite fait de réaliser l’ampleur du problème. Il ne s’agissait plus de simples coupures d’eau, mais d’un problème bien plus grave. Le principal barrage qui alimente la ville, la Loka s’était complètement asséché. Plusieurs raisons expliquaient cet assèchement du barrage. D’abord le changement climatique. En effet, une grande sécheresse sans précédent avait sévi dans le Gbêkê et dans plusieurs autres régions du pays en 2017 et début 2018 et la plupart des cours d’eau avaient tari. Ensuite, il y avait l’action de l’homme dans la zone du barrage où une exploitation de carrières de sable avait créé des alvéoles dans le nid de la Loka qui retenaient l’eau prisonnière. Avec l’ensoleillement, cette eau prisonnière faisait vite de s’évaporer. La conséquence, plus d’eau ne parvenait à la station de pompage de la Loka et plus d’eau ne coulait dans les robinets. En lieu et place de l’eau, quand vous tourniez votre robinet, ce sont des cafards et autres insectes qui en sortaient. Les conséquences étaient énormes pour les riverains. Les laveurs de véhicules, de motos, tricycles et autres engins motorisés, les maçons, les gérants d’hôtels, les tenanciers de maquis et bars dont plusieurs étaient déjà réduits au chômage. La vie dans les bureaux, les internats, les camps militaires et les hôpitaux devenait insupportable.

Les premières solutions Ouattara

Si tôt saisi de la question, le Président de la République Alassane Ouattara et son gouvernement prennent le problème à bras le corps. Il faut parer au plus pressé. Le ministre des infrastructures, Amédée Koffi Kouakou est dépêché sur les lieux pour constater l’ampleur du problème et en établir un diagnostic exhaustif. Sur place, le maire Djibo Youssouf Nicolas est au four et au moulin. Toutes les autorités administratives, politiques, coutumières et religieuses se mêlent à la danse. Le diagnostic du ministre Amédée Kouakou, une fois parvenu au Président de la République, des camions citernes entrent en action pour fournir de l’eau potable à la ville et certaines localités telles Sakassou, Diabo et Brobo. Puis une deuxième solution fait suite. C’est la réalisation d’une dizaine de forages dont il est prévu que l’eau soit injectée dans le circuit de la distribution d’eau de la SODECI. Ces deux solutions peinent à être efficaces. Pour la première, non seulement le nombre de camions citernes ravitailleurs est insuffisant, mais de véreux distributeurs d’eaux entreprennent de faire fortune en commercialisant l’eau à certains ménages au détriment du plus grand nombre. La grogne grandit au sein des populations. Les autorités de la ville, les responsables de la SODECI, les chefs de communautés, de quartiers et les ministres fils du Gbêkê, après plusieurs réunions de concertation pour définir une meilleure desserte de l’eau, parviennent à améliorer cette solution. Le nombre de citernes est revu à la hausse. On passe de 10 à 17 citernes. Quant à la deuxième solution, plusieurs équipes de forages arrivent sur le terrain et parviennent après avoir quadrillé la ville, à mettre à la disposition de la SODECI, les premiers forages.

L’intervention de la Banque Mondiale

Toujours aux côtés de la Côte d’Ivoire, la Banque Mondiale entre en action et apporte une aide de 7,5 millions d’euros, soit 5 milliards de nos francs. Ce qui permet d’augmenter et le nombre de camions citernes et le nombre de forages à réaliser. De 10 forages l’on passe à une vingtaine puis à 44 dans l’ensemble de la région. Les localités environnantes sont rendues désormais autonomes. A Bouaké, une deuxième unité de traitement d’eau potable est construite sur le barrage de Gonfreville. Ces mesures font leur effet, et progressivement le nombre de nombreux quartiers commencent a avoir de l’eau. Mais le gouvernement et la Banque Mondiale ne baissent pas les bras pour au tant. Une autre solution, à long terme est envisagée. Il s’agit d’aller tirer de l’eau à une soixantaine de km de Bouaké, à Kossou pour venir la reverser à la Loka.

Au plan local

Les autorités prennent des mesures importantes. L’exploitation du sable sur le site du barrage est désormais strictement interdite. De nouveaux sites d’exploitations de sables ont été ouverts loin de la Loka. La Chefferie traditionnelle, elle aussi a joué son rôle à travers plusieurs cérémonies d’adoration des mannes et des génies du site du barrage que l’on disait en colère contre l’exploitation des carrières de sables. Au total, rien n’a été négligé par le Chef de l’État et son gouvernement pour venir à boude la crise de l’eau à Bouaké. Tous les volets (scientifique et technique, traditionnel, mystique…) ont été exploités. Aujourd’hui, l’eau s’est remise à couler dans les robinets dans le silence, alors qu’elle avait cessé de le faire dans le bruit. Même au plan religieux, l’histoire retiendra que la crise de l’eau a commencé à trouver solution avec le séjour du Chef de l’État en terre sainte, si bien que son retour a coïncidé avec les premières pluies qui ont rempli la Loka. << Aujourd'hui, l’engagement que j’avais pris se réalise avec l’eau potable dans les robinets. Les retombées du pèlerinage du Président de la République Alassane Ouattara nous permettent d’avoir une pluie abondante qui permet au barrage de la Loka de se remplir. Et pour moi le ministre, je suis vraiment en joie dans la mesure où je n’ai pas eu tord de dire à mes collaborateurs de pomper la Loka pour donner de l’eau aux populations…On peut dire que le problème d'eau est réglé à Bouaké et dans les localités environnantes telles que Sakassou, Diabo et Brobo à 90% >> constatait le ministre de l’hydraulique Laurent Tchagba ce 31 août 2018 au terme de sa deuxième visite, une visite dite d’évaluation à la station de pompage de la Loka. Il avait pris le relais du ministre Amédée dont il a salué le travail et promis le poursuivre avec hargne, comme le lui demandait le Président de la République. En rappel, lorsque survenait la crise, un plan d’urgence avait été mis en place qui avait permis de passer de la production de 8000m3 à 14000 m3 pour atteindre le niveau d’avant crise qui était de 30.000m3/jour. Malgré que l’eau coule Aujourd’hui en abondance dans les robinets permettant à la SODECI de reprendre la distribution des factures d’eau suspendues pour l’occasion, des camions de l’Onep continuent de desservir certains quartiers qui ont pourtant de l’eau potable. Mais le ministre Tchagba avait promis ne pas baisser les bras pour éviter pareille déconvenue ne survienne à nouveau. << Il faut sécuriser la zone de manière pérenne. Un projet urgent sera exécuté. Il consiste à aller prendre l'eau à Béoumi pour injecter à la Loka pour que nous sécurisons la production d'eau dans le Gbêkê sur une période courant jusqu'à environ 2047 >>.

La réaction des populations face au retour de l’eau dans les robinets

Kouadio N’guessan Konan, directeur régional de la SOFECI. « Vous faites le constat avec moi que l’eau coule à nouveau dans les robinets à Bouaké et même en abondance. Cela est à mettre à l’actif du Président de la République et son gouvernement. Nous n’allons pas refaire cette crise de l’eau. Il faut dire que nous sommes au niveau de production d’avant crise qui tourne autour de 27000m3 sur 31000m3 nécessaires avec les localités rattachées. La solution pérenne comme l’avait signifié le ministre, c’est d’aller chercher de l’eau à Béoumi. Mais nous sommes au niveau de production d’avant crise ce qui est en soit une bonne performance. Aujourd’hui nous avons repris nos activités sur l’ensemble des quartiers de la ville de Bouaké, et aussi sur les localités rattachées, notamment Sakassou, Diabo, Brobo et les autres villages… La distribution des factures a repris, et ces factures concernent les périodes de facturation actuelle. Il faut comprendre que pendant que la crise est survenue, on avait les périodes de consommation d’avril, mai et juin pour lesquelles, les factures n’avaient pas été distribuées. En mai et juin la crise était encore plus visible et ça se sentait encore plus dans les ménages. En accord avec les autorités sur place et la population, on avait décidé de suspendre la distribution des factures dans cette période là. Aujourd’hui les factures qu’on distribue, ce sont celles qui rappellent un peu les consommations antérieures… »

Roseline Kalou, étudiante en licence de droit, « Franchement dit, si je n’étais pas étudiante à Bouaké, j’allais partir de la ville. Cette période a été pénible pour nous étudiants. Dieu merci, nous avons un Président soucieux de la vie de ses populations. Aujourd’hui grâce à lui, le problème de l’eau est derrière. Je tiens à lui dire énormément merci. J’espère et je souhaite que des voix plus autorisées le fassent, parce que tous, nous avons crié dans le temps. Maintenant que ça va, il faut être reconnaissant à celui qui a permis que cela se fasse »

Madame Traoré Mariétou Céline, comptable dans une société de la place, « Tout de suites je dis merci au chef de l’État et au gouvernement. On a l’habitude de dire à César ce qui est à César. Le problème de l’eau ne s’est pas réglé de lui même. C’est grâce à un homme. Cet homme s’appelle Alassane Ouattara. Je suggère que Les décideur de la ville initient une fête de l’eau où l’ensemble des populations vont dire merci au Président de la République. On nous a dit au départ qu’il fallait au moins deux ans pour trouver une solution au problème d’eau à Bouaké. Mais en six mois la question a été traitée par le gouvernement. C’est vraiment à l’honneur du Président de la République »

Diomandé Ben, chef de communauté, « C’est une bonne chose d’avoir notre avis sur la question. Sans avoir interrogé toute ma communauté, je pense que la question de l’eau va beaucoup mieux aujourd’hui. En son temps nous avons été mis à rude épreuve. Il faut saluer et remercier tous ceux qui ont contribué à la résolution de cette crise qui nous empêchait de dormir. Certainement que le Chef de l’État est la première personne que nous devons saluer. Après lui, le gouvernement, les autorités de la ville et les populations elles mêmes qui ont su garder leur calme. Mais surtout merci à Dieu qui nous a envoyé la pluie en abondance »

Comme on le note, l’eau coule à nouveau dans les robinets de Bouaké. La solution n’est pas tombée du ciel. Il a fallu qu’un gouvernement avec à sa tête un Président soucieux du bien être de ses populations leur redonne le sourire au moment où elles étaient en détresse.

JPH

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