Rashford, l’exemple d’un footballeur

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Le footballeur de Manchester United est devenu, via son combat pour la distribution de repas gratuits aux enfants les plus pauvres, un porte-parole influent de la lutte contre les inégalités sociales au Royaume-Uni. Un engagement à l’image du joueur : étonnant, différent, impliqué.

« Comment je vais fêter ça ? En révisant : j’ai examen de chimie demain. » Sa première intervention médiatique, à 18 ans, alors qu’il venait, pour ses débuts avec le club mancunien de marquer 4 buts en deux matchs, avait donné le ton : Marcus Rashford maîtrise l’art du contre-pied.

À rebours du cliché du footballeur égoïste, mal-élevé et déconnecté de la réalité, le gamin de Wythenshawe dans le sud de Manchester, multiplie les initiatives en faveur des enfants défavorisés, dans un pays où la crise sanitaire creuse encore un peu plus les inégalités sociales. L’attaquant de l’équipe nationale anglaise, lui-même élevé dans un foyer pauvre par une mère seule originaire de Saint-Kitts-et-Nevis, a ainsi parrainé financièrement et médiatiquement une opération de l’association FareShare, permettant de subventionner l’équivalent de 3 millions de repas.

Mais son coup de maître, c’est cette lettre ouverte adressée lundi 15 juin aux parlementaires britanniques pour demander le maintien pendant l’été des repas scolaires gratuits, dont bénéficient 1,3 million de jeunes élèves du Royaume.

D’abord réticent, le Premier ministre Boris Johnson pliera finalement, accédant à la requête du joueur de Manchester United, et derrière lui de centaines de milliers de familles.

« Sans la gentillesse et la générosité de la communauté, il n’y aurait pas le Marcus Rashford que vous voyez aujourd’hui : un homme noir de 22 ans qui a la chance de faire une carrière dans un sport qu’il aime », écrit en introduction de sa lettre ouverte le joueur de Manchester United, propulsé de fait porte-parole des jeunes défavorisés et de leurs familles. « C’est ça, l’Angleterre, en 2020 », ajoutera-t-il, dans un tweet, quelques instants après le changement de cap de Boris Johnson.

Son discours, audacieux et percutant, fait apparaître d’autres traits de caractère du jeune attaquant : de la maturité et un certain culot, déjà entrevu sur le terrain, un soir de mars 2019, quand il avait choisi de tirer le premier penalty de sa carrière professionnelle. C’était au Parc des Princes, contre le PSG, dans les dernières secondes d’un huitième de finale retour de Ligue des Champions. Un coup de pied qui doit alors décider du sort de la rencontre. Face à lui, dans les cages, la légende Gianluigi Buffon. Quelques pas d’élan, puis Rashford « allume » le portier italien. But. Paris est encore éliminé, Manchester United qualifié et le « petit » Marcus montre déjà les muscles.

Adoubé comme joueur, le « Red Devil », qui s’est aussi engagé aux côtés du mouvement « Black Lives Matter » au début de l’affaire George Floyd, est aujourd’hui reconnu comme personnalité publique par les plus hautes autorités de son pays : « J’ai parlé à Marcus Rashford aujourd’hui et je l’ai félicité pour sa campagne, je pense qu’il a raison d’attirer l’attention sur les problèmes d’alimentation dans les foyers les plus pauvres », a ainsi déclaré le Premier ministre Boris Johnson. Une manière de reconnaître sa « défaite » face à l’attaquant de Manchester United, aussi redoutable avec ses pieds qu’avec ses mains : en plus de la lettre ouverte, Rashford a publié une tribune dans le quotidien The Times, l’un des plus réputés du pays. Le footballeur s’est fendu de nombreux messages sur les réseaux sociaux, comme Instagram, où il est suivi par 8,5 millions d’utilisateurs, et Twitter.

Portée par un mot-clé percutant (#MaketheUturn, « faire demi-tour », en Français), la lettre ouverte destinée aux parlementaires s’est diffusée rapidement, a pris du poids, et a fait de son auteur « une inspiration et un héros de notre époque » pour reprendre les mots du président de la commission sur l’Éducation, Robert Halfon. Un héraut moderne, donc, qui a promis de poursuivre ses combats, et à qui le Daily Star prête déjà un destin politique : « Rashford, Premier Ministre !» clame le tabloïd. Pas sûr que les supporters de Manchester United soient d’accord.

Rfi


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