Forces étrangères en Afrique/Vers une réduction de la présence militaire américaine pendant que Paris et le G5 Sahel resserrent les rangs contre les jihadistes

0
142
À Pau, les dirigeants des pays participants au sommet du G5 Sahel ont tenu à exprimer dans un communiqué commun leur « reconnaissance à l’égard de l’appui crucial apporté par les États-Unis et ont exprimé le souhait de sa continuité ». Ces propos font suite à l’annonce d’une réduction des forces américaines en Afrique et au Proche-Orient par le général Milley, chef d’état-major des armées américaines, qui est ce mardi et ce mercredi à Bruxelles pour une réunion du comité militaire de l’OTAN avec ses homologues.

Le général d’armée Mark Milley confirme des indications de plus en plus convergentes depuis le mois de décembre : les ressources militaires des États-Unis pour l’Afrique et le Proche-Orient pourraient être d’abord réduites puis rapatriées ou redéployées vers le Pacifique.

Le chef d’état-major des armées, au sommet de la hiérarchie militaire des États-Unis, affirme que toutes les options envisagées l’ont été en concertation avec les alliés.

Le commandement militaire américain pour l’Afrique, Africom, a été créé en 2007. Son état-major est en Allemagne, mais sept mille hommes sont stationnés en Afrique dont la moitié à Djibouti. Deux mille autres soldats sont déployés dans des missions de formation au bénéfice d’armées nationales. Parmi les projets à l’étude pourrait figurer la fermeture de l’imposante base de drones de l’armée de l’air américaine à Agadez au Niger.

La motivation des États-Unis serait de réorienter les forces pour faire face à la Chine et à la Russie. Ces deux pays sont pourtant de plus en plus en plus présents en Afrique, avec par exemple le contingent chinois à Djibouti ou les militaires russes en Centrafrique.

Au moment où les Etats Unis envisagent le retrait de leurs forces du continent africain, les présidents des pays du G5 Sahel étaient reçus à Pau, en France, par Emmanuel Macron pour un sommet consacré à la situation au Sahel. À l’issue de leurs discussions, les présidents des six pays ont annoncé un renforcement de leur coopération militaire. Comme souhaité par la France, les présidents des pays du G5 Sahel ont clarifié leur position vis-à-vis de l’intervention française dans la région.

Même si aucun des cinq présidents sahéliens ne s’est exprimé sur le sujet lors de la conférence de presse commune, la clarification voulue par Paris a bien eu lieu, dans la déclaration conjointe. Les présidents des pays sahéliens expriment leur « souhait de la poursuite de l’engagement militaire de la France au Sahel ». Ils plaident « pour un  renforcement de la présence internationale à leurs côtés ». Les chefs d’État font également part de « leur reconnaissance à l’égard de l’appui crucial apporté par les États-Unis » et souhaitent que cet appui se poursuive, alors que Washington réfléchit à réduire sa présence militaire dans la région.

« Cette action commune, écrivent les présidents du G5, vise à protéger les populations civiles, à défendre la souveraineté des États, à prévenir une extension de la menace terroriste dans les pays frontaliers. » Voilà pour l’aspect « clarification » réclamé par Paris suite à la montée du sentiment anti-français dans la région.

Les chefs d’État déclarent ensuite vouloir « accroître et coordonner leurs efforts en vue d’une solution rapide à la crise libyenne », source à leurs yeux de l’instabilité au Sahel ; les six présidents qui annoncent enfin la mise en place d’un nouveau cadre politique, stratégique et opérationnel, un nouveau cadre baptisé « coalition pour le Sahel » et qui rassemblera les pays du G5, la France et les autres pays partenaires.

Les quatre piliers

Ce nouveau cadre sera structuré autour de 4 piliers : un premier pilier stratégique et militaire, un deuxième qui concerne la formation des armées sahéliennes, un troisième qui traite du retour de l’État et des administrations et un dernier consacré au développement. Comme annoncé, le premier pilier acte un recentrage des opérations militaires sur la région des trois frontières entre le Mali, le Burkina et le Niger, là où se concentrent les attaques. Notamment celles de la katiba jugée comme étant la plus dangereuse : l’État islamique au grand Sahara.

C’est un commandement conjoint Barkane/G5 Sahel qui dirigera les opérations. Dans ce cadre, les forces spéciales européennes, désormais baptisées « Task force Takouba », seront intégrées à Barkhane. La force française, elle, sera renforcée sur place : 220 soldats supplémentaires viendront s’ajouter aux 4 500 déjà présents dans la région.

La force Barkhane ne se dispersera plus. À présent, son objectif est de devenir une force de réaction rapide au profit des armées locales. Partager à la fois le renseignement et les missions, au sein d’une coalition la plus large possible incluant également la force Takouba.

La doctrine tactique de Barkhane change et le concept de temps long semble, lui aussi, révolu. Paris a fixé un horizon à son engagement au Sahel. En juin prochain à Nouakchott, le G5 se réunira de nouveau et, cette fois, prévient Emmanuel Macron, des progrès tangibles devront être constatés.

Le président français est également revenu sur le sentiment anti-français qui s’est exprimé dans la sous-région. Et il a adressé une mise en garde : «  À chaque fois qu’un État demandera à l’armée française de ne plus être là, nous le quitterons », a déclaré Emmanuel Macron.

Notre seul intérêt, c’est la lutte contre le terrorisme et la stabilité et la souveraineté des États où nous sommes présents… Donc, les discours que j’ai pu entendre ces dernières semaines sont indignes. Indignes ! Et ils sont combattus avec beaucoup de fermeté par vos dirigeants, je les en remercie, et encore, au moment des vœux. Ils sont indignes, parce qu’ils servent aussi d’autres intérêts.Emmanuel Macron: «J’entends beaucoup de gens dans votre pays qui disent tout et n’importe quoi» sur le «sentiment anti-français»14-01-2020 – Par Valérie Gas.

 Un contre-sommet à Pô, au Burkina

De Pau en France, à Pô au Burkina. Pendant que le président Macron recevait ses homologues sahéliens à Pau, la société civile burkinabè organisait son « sommet des peuples », un contre-sommet  dans la ville de Pô, à environ 170 kilomètres au sud de Ouagadougou, non loin de la frontière avec le Ghana. Il y avait cent cinquante participants, dont certains venus de la sous-région. Une initiative pour porter un message aux chefs d’État, concernant la présence des armées étrangères.

L’idée est née d’une boutade au moment des premières polémiques à l’annonce de l’invitation du président français à l’OTAN. « Au lieu de convoquer nos chefs d’État à Pau en France, c’est à Pô, ici au Burkina Faso qu’il devrait se déplacer », ironisaient des activistes sur les réseaux sociaux. D’où cette idée du contre-sommet d’autant que c’est de la ville de Pô, qui abrite le centre d’entrainement des para-commando, qu’est partie la révolution de Thomas Sankara en 1983. « Il faut remobiliser les peuples africains pour envoyer un message de souveraineté aux dirigeants sahéliens face au chantage de la France », explique Serge Bayala, secrétaire permanent du comité international du Mémorial Sankara.Reportage13-01-2020 – Par Carine Frenk

00:0000:00


 Réactions mitigées au Tchad

Au Tchad, les réactions sont nombreuses et diverses à la suite du sommet de Pau où les pays du G5 Sahel ont souhaité, lundi 13 janvier, la poursuite de l’engagement de Paris pour lutter contre le terrorisme dans la région. Si la majorité au pouvoir salue cette position, une partie de l’opposition tchadienne reste plutôt sceptique, affirmant que les chefs d’État du G5 Sahel doivent renforcer leurs armées pour garantir seuls leur sécurité.

Si une partie des opposants tchadiens disent avoir entendu de vieilles promesses lors du sommet du G5 Sahel à Pau, le chef de file de l’opposition, Romadoungar Felix Nialbé, salue tout de même la poursuite de l’engagement militaire de la France au Sahel…

Avec rfi

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici