Ghana/Les funérailles nationales de Kofi Annan

0
933
Militaries guard the coffin of Kofi Annan, Ghanaian diplomat and former Secretary General of United Nations who died on August 18 at the age of 80 after a short illness, at the Accra International Conference Centre in Accra ahead of his funeral on September 12, 2018. Annan's body will remain at Accra Conference Centre until the burial ceremony that will take place on September 13 at Burma Camp military cemetery in Accra. Kofi Annan was the seventh Secretary-General of the United Nations, serving from 1997 to 2006. / AFP PHOTO / Ruth McDowall

L’ancien secrétaire général des Nations unies, Prix Nobel de la paix en 2001, est mort le 18 août à l’âge de 80 ans.
L’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, devait être enterré jeudi 13 septembre dans son pays natal, le Ghana, après des funérailles nationales auxquelles devaient participer des dirigeants du monde entier mais aussi des chefs traditionnels. La cérémonie au Centre international de conférences d’Accra devait débuter à 8 h 30 et marquer la fin de trois jours de deuil national.
Kofi Annan a dirigé l’ONU de 1997 à 2006 et a été le premier Subsaharien à parvenir à ce poste. Il est décédé le 18 août à l’âge de 80 ans à son domicile en Suisse, après une brève maladie. L’actuel chef de l’organisation mondiale, Antonio Gutteres, devait assister aux funérailles, qui seront suivies d’un enterrement privé dans le cimetière militaire de la capitale.

Le président ghanéen, Nana Akufo-Addo, a déclaré que les funérailles étaient « un événement majeur » pour le pays et a décrit M. Annan comme « l’un des hommes les plus illustres de sa génération ». Les Ghanéens ont pu rendre hommage à M. Annan et se recueillir devant son cercueil, recouvert du drapeau national, mardi et mercredi. Pendant deux jours, de longues files de membres de la société civile ou de dignitaires sont venus devant son cercueil, gardé par des militaires, au son de danses traditionnelles et de chants.

Fritz Kitcher, Ghanéen retraité des Nations unies où il a travaillé au côté de M. Annan à ses débuts, a confié à l’AFP que ce dernier lui avait enseigné « l’humilité, le bénéfice de l’honnêteté et de la détermination en diplomatie ». Son rôle en tant que premier dirigeant noir africain des Nations unies « est un honneur pour le Ghana », selon lui.

Charisme discret
Né à Kumasi, deuxième ville du pays et capitale de la région d’Ashanti, M. Annan a consacré quatre décennies de sa vie à l’ONU, où il a dû affronter les défis des guerres en Afghanistan et en Irak et où il était apprécié pour son charisme discret. M. Annan a reçu le prix Nobel de la paix en 2001, après les attaques du 11-Septembre aux Etats-Unis, conjointement avec l’ONU, « pour leur travail en faveur d’un monde mieux organisé et plus pacifique ».

Après avoir quitté l’ONU en 2006, il a continué son travail diplomatique, menant des médiations dans plusieurs conflits, et, plus récemment, il a dirigé une commission consultative en Birmanie sur la crise dans l’Etat de Rakhine. Il est notamment intervenu en tant que négociateur entre le gouvernement et l’opposition kényane pendant les violences postélectorales de fin 2007, conduisant à la formation d’un gouvernement de coalition.
Le chef de l’opposition kényane, Raila Odinga, devait d’ailleurs participer aux obsèques, a indiqué son bureau. Parmi les autres participants figurent la princesse Beatrix, ancienne reine des Pays-Bas, et sa belle-fille, la princesse Mabel, qui sont des amies proches de M. Annan et de son épouse, Nane Maria.

« Kofi Annan a contribué à placer l’Afrique au centre de la scène mondiale »
Carlos Lopes, ancien secrétaire exécutif de la Commission économique de l’ONU pour l’Afrique, rend hommage à son ami et mentor.

Par Carlos Lopes

Tribune.

Les hommages déferlent pour un homme qui a marqué tant d’esprits. C’est bien mérité. Néanmoins, par souci d’équilibre, certains journalistes et analystes évoquent des épisodes moins glorieux pour Kofi Annan.
On peut citer l’incapacité des Nations unies à éviter le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994. Un déroutant mandat de maintien de la paix de l’ONU avait alors déboussolé la structure de commandement. Il est injuste d’en attribuer à Kofi Annan la responsabilité. Non seulement il avait fait ce que son travail de l’époque exigeait – secrétaire général adjoint chargé des opérations de paix –, mais en plus il s’était engagé à réviser complètement l’approche du maintien de la paix une fois élu au poste de secrétaire général, en 1997. Il avait aussi pris l’initiative, inédite, de publier le rapport spécial sur la question rwandaise qu’il avait lui-même commandé.

Mort de Kofi Annan, conscience morale planétaire

Il est encore plus absurde de dire que le programme « Pétrole contre nourriture », en Irak, a entaché sa réputation, alors que toute la corruption liée à ce système défini par les membres du Conseil de sécurité a empêché sa mise en œuvre. Etablir le lien avec son fils, Kojo, sur des affaires douteuses conclues dans le cadre de ce programme, mais dont Kofi Annan ignorait tout, est encore plus déplacé. D’ailleurs, une commission d’enquête a innocenté le secrétaire général des Nations unies.

Voix douce, fermeté d’acier
Si je ressens si fortement ces commentaires et comptes-rendus erronés, ce n’est pas parce que, comme je l’admets, Kofi Annan était mon ami et que je le considérais comme un mentor. C’est parce que j’ai été en première ligne avec lui tellement de fois que je peux témoigner, plus que beaucoup d’autres, de son intégrité et de sons sens de l’équité irréprochables. Il était un gentleman diplomate, avec des principes solides.

En tant que jeune professionnel rejoignant l’ONU à la fin des années 1980, j’ai découvert ce frère aîné qui était alors sous-secrétaire général des Nations unies pour les ressources humaines. Un homme droit, critiqué par certains parce qu’il n’accordait pas de « faveurs ». J’ai tout de suite aimé la franchise de ses réponses et les conseils constants qu’il donnait. J’étais fasciné, comme beaucoup d’autres. Il était sans doute la référence dans mon milieu.

Kofi Annan, un homme de paix

Quand j’ai représenté l’ONU au Zimbabwe, pendant la difficile transition des années 1990, j’ai découvert la perspicacité politique de ce secrétaire général africain. Son écoute, ses manières et sa voix douces, tout en exprimant une fermeté d’acier. C’est cette expérience qui a façonné notre relation. Plus tard, je deviendrai son directeur politique, puis, après qu’il eût quitté l’ONU, je l’aiderai à créer sa fondation visant à promouvoir la bonne gouvernance, dont j’ai rejoint le conseil d’administration.

Avec Kofi Annan, j’ai rencontré environ 80 chefs d’Etat et de gouvernement. J’étais parfois la seule autre personne présente à ses côtés. J’ai toujours été fasciné par la manière dont il repoussait les limites. Il « travaillait les téléphones » – une expression qu’il aimait utiliser – pour être en avance sur les briefings que la machine onusienne produisait. Les informations qu’il obtenait de ses propres sources lui permettaient d’interpréter tout élément supplémentaire. Ce style était unique. Cela faisait souvent la différence pour améliorer les processus de décision.

« Rock star » de la diplomatie
Lorsque Kofi Annan affirmait que tel accord ne fonctionnerait pas, que telle négociation n’était pas adéquate ou que telle position n’était pas définitive, j’avais l’habitude de l’interroger sur les raisons de sa certitude. Sa réponse ne variait pas : « Je le dis parce que dans quelque temps, ils seront là où je suis actuellement. » Il le disait sans montrer une confiance en lui excessive. C’était une certitude ancrée dans sa connaissance des processus politiques. Inutile de le dire, cette capacité à anticiper était un atout que toute grande puissance respectait.

Son humilité était authentique. Je me suis imaginé qu’un tel comportement provenait naturellement de ses racines royales ghanéennes. Mais il était différent des « hommes forts » d’Afrique. Lui et eux le savaient. Ses relations avec les dirigeants africains n’étaient pas faciles. De nombreux épisodes attestent de leur irritation face à ce qu’ils percevaient comme l’attitude condescendante de Kofi Annan à leur égard. Mais à la moindre occasion, ils se précipitaient pour lui serrer la main.

Jean-Marie Guéhenno : « Kofi Annan avait choisi de

parier sur le meilleur de l’humanité »

Tout le monde peut attester que cette « rock star » de la diplomatie a rehaussé le nom de l’Afrique. Il a contribué à placer ce continent au centre de la scène mondiale en mettant en place des mécanismes qui ont permis aux institutions africaines de jouer un rôle majeur. Il a permis que leurs voix soient davantage entendues.

Travailler avec Kofi Annan était un énorme privilège, être son ami une responsabilité. Privilège d’apprendre de sa vaste expérience, de ses engagements forts en faveur de l’universalité des droits humains, vis-à-vis des victimes du sida ou contre les souffrances humanitaires, quelles qu’elles fussent. C’était aussi une responsabilité d’être l’ami d’un tel homme de principes. Cela impliquait d’imiter autant que possible son comportement. Etre un ami sincère de Kofi, c’était avoir une colonne vertébrale, s’engager fortement pour une noble cause. Ma cause était l’Afrique. Et cela faisait toujours sourire Kofi.

Carlos Lopes, ancien secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, est professeur à la Mandela School of Public Governance de l’Université du Cap, en Afrique du Sud, et professeur invité de Sciences Po à Paris.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici