Interview/Coopération ivoiro-Marocaine. Saad El Hamzoui (pdt de la Chambre de Commerce et d’Industrie Marocaine en CI): «Le Maroc est classé dans le top 3 des investisseurs privés en Cote d’Ivoire»

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M. Saad El Hamzoui, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie Marocaine de Cote d’Ivoire (CCIM-CI) dans cet entretien, parle de la Coopération ivoiro-Marocaine, des objectifs de ladite institution classée dans le top 3 des investisseurs privés en Cote d’Ivoire en 2018 et donne ses perspectives.

Quel est le rôle de la Chambre de Commerce et d’Industrie Marocaine de Côte d’Ivoire (CCIM-CI) ?

Saad El Hamzaoui: La Chambre est l’aboutissement d’une initiative enclenchée en 2013 par un groupe d’entrepreneurs marocains implantés en Côte d’Ivoire. Elle a été mise sur pied à l’effet d’impulser le développement des relations économiques entre les deux pays; que ce soit dans le secteur financier ou commercial. Son rôle est, à ce titre, d’accompagner ses adhérents. En guise d’exemple, quand les membres de la Chambre ont des soucis avec l’administration ou des entreprises étatiques, la Chambre se fait le devoir de les assister afin de trouver une issue ou un terrain d’entente. Autre facette de l’action de la Chambre : nous veillons à organiser en permanence des réunions, rencontres et sessions de formations pour mettre l’expertise marocaine dans plusieurs secteurs en partage avec les entreprises ivoiriennes. Parmi ces secteurs, figure celui des banques où le Maroc est dignement représenté par trois grands opérateurs, en l’occurrence la SIB (groupe Attijariwafa bank), la BOAD qui fait partie du groupe Bank Of Africa et la BACI, filiale du Groupe Banque centrale populaire.

Qu’en est-il de ses objectifs ?

S.E.H: Aujourd’hui, la Chambre est dynamique et ses objectifs guident bien son action. Nous avons en premier lieu renforcé les différentes formes de coopération entre les entreprises marocaines et leurs homologues ivoiriennes à travers un dialogue permanent entre ces structures et les autorités compétentes du pays. Maintenant, le rôle de la Chambre est de booster les flux d’échanges entre opérateurs marocains, augmenter le nombre d’investisseurs marocains en Côte d’Ivoire et développer le penchant pour les affaires entre Ivoiriens et Marocains. Il faudrait que les choses se fassent dans les deux sens pour qu’on puisse donner corps à la vision de coopération prônée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Par ailleurs, nous avons décidé, après accord du conseil d’administration de la Chambre, d’ouvrir cet espace d’échanges à tous les hommes d’affaires et à toutes les entités morales. La Chambre n’a pas vocation à se recroqueviller sur elle-même, nous sommes plutôt ouverts aux entreprises ivoiriennes qui en sont membres mais nous comptons aussi des entreprises libanaises, françaises et burkinabè. Le fil rouge de notre politique de développement préconise aussi ce courant d’affaires entre Européens et Africains. Parmi ces champs d’action, le Chambre focalise le gros de ces efforts actuellement sur la consolidationde la coopération Sud-Sud, très chère à Sa Majesté.

 En termes d’économie, à combien peut-on chiffrer ou évaluer le taux d’investissement du Maroc en Côte d’Ivoire ?

S.E.H : Aujourd’hui, l’implantation des entreprises marocaines en terre d’Eburnie est très visible et ne cesse de s’étendre à tous les secteurs. En 2018, le Maroc s’est positionné dans le top 3 des investisseurs privés en Côte d’Ivoire avec 313 millions d’euros mobilisés en 5 ans, selon le Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire (CEPICI).

Aussi, les flux d’investissements drainés par le Maroc l’avaient positionné comme le principal investisseur étranger de la Côte d’Ivoire en 2015 avec 22% des investissements agrées par le code des investissements. Les entreprises marocaines installées en Côte d’Ivoire opèrent dans plusieurs secteurs d’activité, tels le BTP, les nouvelles technologies de l’information, l’agro-industrie, le commerce et l’industrie pharmaceutique.

Aujourd’hui, l’implication des entreprises marocaines dans le tissu économique ivoirien se chiffre à des milliards de FCFA avec, en bonus, des projets foncièrement emblématiques, notamment celui de la valorisation et de la sauvegarde la Baie de Cocody, projet qui résume à lui seul toute l’ambition africaine d’une coopération sud-sud, décidément salutaire en ces temps de chambardements mondiaux.

Justement en termes d’expertise, vous citez-là les sociétés marocaines qui exercent dans les grands travaux mais actuellement Abidjan et bien d’autres localités du pays vivent le drame des pluies diluviennes. Quel pourrait être l’apport, le conseil ou la technicité marocaine dont pourrait bénéficier le pays afin d’éviter ce genre de choses à l’avenir ?

 S.E.H: Écoutez, il serait prétentieux de ma part, je ne suis pas expert en la matière, je ne veux pas m’aventurer à donner mon point de vue. Je pense que les entreprises qui ont la charge de ces dossiers-là sont mieux placées pour vous apporter les précisions nécessaires.

 Combien d’entreprises marocaines opèrent-elles en Côte d’Ivoire et quelles sont les plus importantes et leurs domaines d’activités ?

S.E.H: On peut les compter en centaines aujourd’hui. Elles exercent dans plusieurs domaines d’activités, comme je vous l’ai dit, à savoir dans les banques, l’assurance, l’industrie… Les sociétés marocaines sont sur plusieurs fronts. Nous avons des entreprises qui sont aussi dans le BTP mais aussi dans le domaine pharmaceutique, de grandes sociétés dans l’industrie telles que CIMAF, DOLIDOL…Ce sont de grandes entreprises qui emploient une importante main-d’œuvre composée essentiellement de compétences ivoiriennes et africaines. Je pense qu’aujourd’hui, toutes ces entreprises sont brillantes dans leurs domaines d’activités et sont des porte-voix de la coopération Sud-Sud qu’affectionne Sa Majesté le Roi, que Dieu l’assiste.

Quelles sont vos ambitions et perspectives, en tant que Chambre de commerce ?

S.E.H : Nous souhaitons toujours jouer entièrement notre rôle de relais ou de courroie de transmission entre les parties du GEI (Groupement d’Impulsion) qui a été créé sur Hautes instructions de SM le Roi . Notre ambition est de développer ce courant d’affaires entre les sociétés ivoiriennes et marocaines qui sont présentes ici. Nous souhaitons que les entreprises marocaines viennent s’installer, apportent les investissements nécessaires mais aussi que l’inverse se fasse du côté des Ivoiriens. Nous avons quelques actions réussies en la matière. Nous avons aidé quelques entreprises ivoiriennes, en effet, à avoir des partenaires au Maroc dans les domaines de la commercialisation de l’attiéké, des mangues, de la noix de cajou …C’est ce courant d’affaires que nous voulons favoriser. Nous souhaitons que plusieurs entreprises ivoiriennes adhèrent à la Chambre afin de profiter de ce réseau d’affaires marocain. Aujourd’hui, le Maroc fait partie des principaux investisseurs en Côte d’Ivoire. Il y a véritablement des opportunités d’affaires de part et d’autre. C’est notre rôle de consolider cette amitié et de donner du punch à l’activité commerciale entre les deux pays. Cela est possible et donne un réel élan à la matérialisation des affaires. Nous avons aussi la chance d’avoir un ambassadeur très impliqué en tant que président d’honneur de la Chambre. Sous sa houlette, nous avons entrepris plusieurs actions et à chaque fois que le besoin se fait sentir, il se tient à nos côté pour faire avancer et développer les relations d’affaires entre sociétés marocaines et les différents opérateurs ivoiriens.

Le Maroc, qui a une industrie pharmaceutique développée, a fait des dons médicaux aux pays africains en ces temps pandémiques. Quel signal Sa Majesté veut-il envoyer à travers ces dons?

S.E.H : Les dons de SM le Roi pour la Côte d’Ivoire sont destinés à porter main forte à un pays frère. Vous savez, les relations entre le Maroc et le peuple ivoirien ne datent pas d’aujourd’hui, elles remontent aux temps de feu SM Hassan II et du président Félix Houphouet Boigny. Ces relations ont été diversifiées et cimentées par SM le Roi Mohammed VI et le président Alassane Ouattara. L’aide médicale marocaine s’inscrit dans le cadre de l’esprit d’entraide et de la coopération Sud-Sud tant prônés pas Sa Majesté. Aujourd’hui, le Maroc s’est distingué à travers une approche royale concrète et directe. Et l’acte de solidarité envers une vingtaine de pays africains et plus particulièrement la Côte d’Ivoire est une preuve irréfutable de la vision clairvoyante et prémonitoire du Souverain pour  une Afrique qui se prend en charge. Par ailleurs, ces aides ont révélé au grand jour le savoir-faire et l’expertise marocains en matière pharmaceutique du fait que les dons qui ont été acheminés en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays ont été totalement fabriqués au Maroc par des sociétés marocaines. C’est une fierté que de voir le Maroc tendre la main d’une telle manière à ses pairs du continent.

Vous êtes aussi DG de l’entreprise Comptoir d’aluminium de Côte d’Ivoire(CACI).

S.E.H : Je suis un homme d’affaires, un chef d’entreprise installé en Côte d’ivoire depuis 33 ans. Je dirige la CACI qui est distributeur exclusif d’un profilé espagnol. Nous exerçons dans le domaine de la menuiserie aluminium. Nous sommes une société qui fait son petit bonhomme de chemin et qui est une entreprise citoyenne. Nous œuvrons très souvent dans le social. Dernière action en date, nous nous apprêtons à officialiser et signer une convention avec le Centre multifonctionnel que SM le Roi a offert à la Côte d’Ivoire. Dans ce sens, nous avons reçu dix (10) stagiaires dans notre entreprise depuis trois (03) mois. En accueillant ces jeunes, nous voulons s’inscrire dans le prolongement de la coopération voulue par SM le Roi en offrant cet institut de formation professionnel à la Côte d’Ivoire.

Ces jeunes ont appris la théorie et la pratique du métier aujourd’hui, grâce à ces stages, ils sont opérationnels sur le terrain. Nous sommes fiers d’être parmi les premières entreprises à conclure un accord avec le Centre de formation multisectoriel.

Dans le domaine de la menuiserie aluminium, nous avons aussi de très bons rapports avec le DG du Centre de l’outil sectoriel de Yopougon, qui s’évertue corps et âme à décrocher des stages pour ses apprenants. Il se bat pour le Centre, donc aujourd’hui nous sommes fiers d’eux.

Quelle est l’implication de la Chambre de commerce dans les travaux réalisés par le Maroc ?

S.E.H: La Chambre de commerce est là pour accompagner et faciliter toute action, si besoin en est, qui engage notre pays. Nous sommes des soldats à la disposition du Maroc et à chaque fois que nécessaire, la Chambre sera là pour la Côte d’Ivoire, pour appliquer et accompagner la vision du Roi Mohammed VI.

Un mot à l’endroit des Ivoiriens et de vos compatriotes ?

Président : Je souhaite que Dieu nous aide à traverser ces moments difficiles de COVID-19 qui frappent de plein fouet l’économie. Il est tout à fait normal de faire passer la santé de l’Homme avant le busines. C’est pourquoi SM le Roi a pris à bras le corps ce problème et le peuple marocain lui est amplement reconnaissant. Je prie pour que cette pandémie puisse rebrousser chemin le plus vite possible. Plus vite on en sortira, plus vite les économies redécolleront. Le gouvernement a pris des mesures d’accompagnement face de cette situation; ils agissent autant que faire se peut mais ce n’est pas toujours évident. Les problèmes économiques sont de taille, on ne peut les résoudre avec un claquement de doigt. Ces mesures sont à saluer parce qu’elles sont de nature à remettre la situation d’aplomb le plus vite possible. 

Interview réalisée par N’guessan Kouadio (collaborateur extérieur)

Legende photo: Saad El Hamzoui pdt de la CCM-CI

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