Niakara/Deux funérailles pour un seul corps

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Fait assez rare. Dame K.F, âgée de 70 ans, décédée, aurait pu bénéficier de deux funérailles sans la vigilance du tribunal traditionnel de Niakara. Les faits, alors que son concubin K.K qui a un peu plus de 60 ans avait installé les bâches et la sono pour procédé aux obsèques, il a été rattrapé par le tribunal traditionnel, car sa dulcinée avait été déjà dotée par K.P âgé environ de 80 ans. K.P qui a vécu avec K.F comme femme, l’avait même dotée. Normal donc qu’ils aient vécu ensemble pendant quelques années avant de se séparer. De leur union, naquirent trois enfants, lorsque environ 20 ans plus tard K.K, le concubin, son voisin et en même temps son bon petit ami à l’époque, selon nos sources, l’a cocufié et a fini par aller vivre avec elle, sans que la première dote ne soit cassée. De leur union, cette deuxième du reste, naîtront cinq autres enfants.

Après la mort de dame K.F, son concubin qui n’a jamais payé de dot, entreprend d’organiser ses funérailles. Ce qui ressemble à un affront à K.P qu’on peut qualifier de mari légitime, du moins selon la tradition. Le droit coutumier saisi lui fait droit de récupérer les funérailles pour marquer son honneur et sa dignité.

Comment en est arrivé à une pareille situation ?

Il faut savoir que la dote est une pratique très ancienne qui est le socle du mariage traditionnel dans nos sociétés Tagbana à travers une remise symbolique de biens en nature et en numéraire du prétendant à sa belle famille. Son importance est capitale et se légitime dans l’union sacré de deux familles et à l’élargissement de l’amour entre les deux tourtereaux aux familles proches et alliées. Une fois la dote payée, elle est assujettie à un certain nombre de contraintes qui traduisent le respect mutuel et dignité aux deux familles. Désormais donc les deux amoureux sont unis officiellement devant la tradition et peuvent vivre ensemble et avoir des enfants. La dot reste valable jusqu’à ce qu’elle soit cassée par une autre après plusieurs raisons, entre autres, décès, incapacité notoire du mari à accomplir ses devoirs conjugaux…Ainsi, tant que la dote n’est pas cassée, même si la femme quitte son mari pour un autre, elle demeure toujours dans les faits, attachée à premier mari. Mieux, les enfants qu’elle va mettre au monde dans son nouveau foyer appartiennent coutumièrement et spirituellement à son premier mari.

Voilà donc pourquoi, en cas de décès de la femme, son nouveau mari qui n’est rien d’autre que son copain aux yeux de la tradition Tagbana, est tenu remettre son corps au premier mari qui est tenu de prendre en charge les obsèques jusqu’à l’enterrement.

Ces quelques explications suffisent à comprendre pourquoi pourquoi dame K.F a failli bénéficier de deux funérailles.

JPH

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