Ouattara sur rfi/À propos de la candidature de Guillaume Soro à la présidentielle de 2020 : « C’est son choix, c’est sa liberté »

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Rfi. La démission de Guillaume Soro de l’Assemblée nationale, c’est la fin d’une longue amitié entre vous et lui ?

A.O. Non pas du tout. Guillaume Soro a estimé qu’il était plus d’une idéologie politique qui n’était pas celle du RHDP, puisque le RHDP, les Houphouëtistes, nous sommes un parti libéral, libéral social, lui se considère marxiste et donc je comprends que de ce fait ce ne soit pas compatible avec ses convictions.


Rfi. Vous êtes des compagnons de longue date, depuis les années 2000, depuis notamment la crise post-electorale de 2010-2011, il a été votre premier premier ministre après votre arrivée au pouvoir, ce n’est pas rien quand même ?


A.O. Tout à fait, j’ai beaucoup d’estime pour Guillaume Soro, c’est un jeune hmme que je considère comme un de mes fils et j’en ai beaucoup au niveau de mon parti, il a été courageux, il a fait un travail important, il était engagé contre l’ivoirité, c’est la chose qui l’a amené vers moi comme beaucoup de jeunes qui consideraient que cette politique d’ivoirité des années 90 allait totalement détruire la Côte d’Ivoire et je pense d’ailleurs que ça été le cas, tous les maux de la Côte d’Ivoire peuvent être rattachés à cette politique d’ivoirité. Maintenant que ces problèmes sont derrière nous, évidement s’il veut mener une carrière politique conformément à ses convictions politiques qui ne sont pas des convictions libérales sociales, il est libre de le faire.


Rfi. En fait c’est ça, vous souhaitez, qu’il entre dans le nouveau parti unifié RHDP, il n’ y est pas encore, vous en avez tiré les conséquences ?


A.O. Non il est entré à la formation du parti un peu plus tard, après réflexion, il a estimé que peut-être place n’était pas au RHDOP et qu’il préférait engager une nouvelle aventure. Il l’a dit lui-même, donc je n’ai pas besoin de répéter ce qu’il a dit.


Ri. Et pour vous il y a une certaine logique à ce que le Président de l’Assemblée nationale soit membre de du RHDP, c’est ça ?

A.O. Est-ce que le Président de l’Assemblée nationale française est du parti socialiste ?


Rfi. Donc il y a une logique parlementaire ?


A.O. Mais évidemment. C’est la majorité présidentielle qui désigne son président qui doit être de la majorité. Le RHDP est largement majoritaire, pratiquement les 2/3 du parlement, il faut bien que le Président du parlement soit issu du RHDP.


Rfi. Est-ce que de facto depuis sa démission que l’on dit un peu forcée par vous-même…


A.O. Non, non, je ne suis pas homme à forcer qui que ce soit. Nous avons eu de bons entretiens, il m’a confirmé tout cela, il m’a dit qu’il voulait prendre un peu de temps, il envisage d’aller faire des études de MBA à Avard et puis après on verra, je n’exclus pas qu’il revienne à la maison d’ailleurs.


Rfi. Est-ce que de facto, Guillaume Soro qui est un jeune homme politique, c’est un quadragénaire, est-ce que de facto il ne va pas être tenté de se présenter à la présidentielle de 2020 ?


A.O. C’est son choix, c’est sa liberté. J’ai dit que tout le monde peut être candidat, par conséquent la constitution l’autorise à le faire, il n’est pas question pour moi d’empêcher la candidature de qui que ce soit comme certains ont tenté de le faire par le passé.


Rfi. De facto il n’est pas devenu pour vous un adversaire politique ?
Non je le considère comme un jeune attaché à ma personne, à mon combat, à mes idées, qui m’a dit qu’il est impressionné par la manière dont nous avons géré le pays, les transformations qui sont visibles et par conséquent c’est un jeune homme avec qui je maintiendrai les rapports que j’ai toujours eus. Je pense au niveau de la presse, vous exagérez un peu, il n’y a pas de problème relationnel avec Guillaume. Je suis à un niveau où on ne peut pas considérer que Guillaume puisse avoir un problème avec moi. C’est un jeune homme qui se dit très attaché à ma personne.


Rfi. Un autre allié politique est parti, c’était au mois d’août dernier …


A.O. Ah bon, et c’est qui ?


Rfi. C’est le Président Henri Konan Bédié.


A.O. Il est parti où ?


Rfi. Il est parti dans l’opposition


Il appelle justement Guillaume Soro à enter dans cette plateforme


A.O. J’entends parler d’une plateforme stratégique, mais on verra, je ne sais pas qui est dans cette plateforme.


Je pense que ce n’est pas dans l’intérêt de Guillaume Soro de le faire et je le lui ai dit.


Rfi. Vous pouvez nous en dire plus ?


A.O. Non pas plus, il sait ce que j’en pense et il pense la même chose que moi.


Rfi. Vous pensez que la proposition de Henri Konan Bédié n’est pas pertinente, c’est ça ?


A.O. En tout cas elle n’est pas cohérente. Un Houphouëtiste, quelqu’un qui est pour le dialogue qui est pour la tolérance, qui fait des politiques libérales sociales et là une plateforme avec des partis de gauche, des partis marxistes, je ne sais pas à quoi cela correspond.


Rfi. Est-ce que Henri Konan Bédié n’est pas en train d’essayer de fédérer tous les gens qui ne sont pas satisfaits de votre politique ?


A.O. Je pense que vous devriez poser cette question à Monsieur Henri Konan Bédié. Moi j’ai été élu en 2015 à 83% dans des élections transparentes et démocratiques. Donc il reste très peu de gens qui ne soient pas satisfaits de ma politique.


Rfi. Henri Konan Bédié, c’est tout de même un ancien président, le patron d’un parti puissant, le PDCI…


A.O. Ah bon ? (rires)


Rfi. Vous ne pensez pas que les troupes soient nombreuses derrière Henri Konan Bédié ?


A.O. Le PDCI d’aujourd’hui n’est pas le PDCI d’hier


Rfi. Pensez-vous que les gens du PDCI qui ont rejoint le RHDP peuvent affaiblir le PDCI de Bédié ?


A.O. Ce n’est pas mon intention, mais je constate qu’ils sont les plus nombreux, présidents de régions, députés, maires, conseillers régionaux, conseillers municipaux, cadres… et j’en passe.


Rfi. Donc votre pari c’est ça, c’est que le RHDP unifié qui a été créé il y a quelques jours, fin janvier, c’est qu’il garde l’esprit de l’alliance Ouattara-Bédié de 2005 ?


A.O. Mais bien évidemment. Nous avons été d’accord sur cela avec d’autres partis, nous avons signé un accord politique, nous sommes engagés sur un calendrier, c’est ce calendrier que je suis en train d’appliquer, donc il n’y a pas de changement de cap en ce qui me concerne et je pense que le temps fera son effet et on verra bien.


Rfi. Dans l’opposition certains parient sur l’usure du pouvoir et sur le fait qu’il y a des constats qui ne sont pas toujours positifs, on pense notamment au dernier rapport de l’Union Européenne en juillet dernier qui a dénoncé certaines mauvaises gouvernances.


A.O. Mais ce rapport par un groupe de gens , d’experts entre guillemets ne peut pas faire un meilleur rapport que le FMI, la Banque Mondiale, le gouvernement américain avec le MCC, la Fondation Moh Ibrahim, ainsi de suite. C’était tout simplement du n’importe quoi et je l’ai dit à l’Union Européenne.


Rfi. Laurent Gbagbo acquitté par la CPI, quand vous avez appris cette nouvelle, c’était il y a de cela quelques semaines, quand vous avez appris cette nouvelle, comment vous avez réagi ?


A.O. Aucune réaction de ma part. C’est un procès qui continue.
Sur le fond il y a eu plus de 3000 morts pendant la crise post- électorale
Exactement, quelqu’un doit être bien responsable de ces 3000 morts. J’espère que la justice fera la lumière sur cela. C’est ce que les victimes demandent.


Rfi. Est-ce que vous vous êtes dit c’est un jugement injuste, comment vous avez réagi ?


A.O. Vous savez, j’ai fait toute ma carrière à l’internationale. La Cour pénale internationale est une structure internationale, je n’ai pas d’avis, ils ont donné une décision en première instance, je signale , maintenant il y aura sans doute appel au niveau du procureur, attendons de voir comment les choses vont se terminer.


Rfi. Ce que beaucoup disent dans le FPI, c’est qu’en fait la Cour pénale internationale a été instrumentalisée par la Côte d’Ivoire.


A.O. Eh beh dis donc, nous sommes vraiment puissants, rires. Au moins ils reconnaissent que la Côte d’Ivoire est maintenant un pays puissant moderne, qui a des relations. Mais vous savez interférer avec la justice nationale ou internationale , ce n’est pas comme ça que je gère mon pays.


Rfi. Est-ce de fait il n’y a pas eu de liens très forts entre le pemier procureur de la CPI Luis Morhino Ocampo Nicolas Sarkozi et vous-mêmes et que cela a aboutit à l’inculpation de Laurent Gbagbo. Aujourd’hui y a des juges qui disent finalement que le dossier est difficile à prouver ?


A.O. Je ne le connaissais pratiquement pas. Je l’ai eu au téléphone une ou deux fois, Morhino Ocampo. Je me suis même fâché une fois avec lui. Vous savez laissons la justice faire son travail, ce serrait plus simple, pensons aux victimes, pensons à ces 3000 morts, ce sont des Ivoiriens qui ont été quand même massacrés, mais nous nous continuons nos enquêtes pour voir quels sont ceux qui sont les responsables de ces crimes.


Rfi. Si demain Laurent Gbagbo est acquittement également en appel, et s’il rentre en Côte d’Ivoire, qu’est-ce qui va se passer ?


A.O. Si, si, si…que de châteaux en Espagne. Attendons de voir.

Rfi. Il a été condamné il y a un an dans une affaire de braquage de la BECEAO, c’était par la justice ivoirienne, est-ce qu’il risque d’être arrêté dès son retour en Côte d’Ivoire ?


A.O. La Côte d’Ivoire est un Etat de droits, on avisera en ce moment là.
Est-ce que des discussions peuvent être envisagées entre les autorités ivoiriennes et le FPI pour que le retour de Laurent Gbagbo se fasse ?
Pour le moment il n’ y a aucune discussion
C’est trop tôt ?


A.O. Non je n’ai pas été contacté par qui que ce soit, mais je suis disponible pour discuter de toute chose concernant la Côte d’Ivoire et les Ivoiriens sans exclusive et je suis pour la paix, je suis pour que la Côte d’Ivoire continue dans la tranquillité, que les progrès importants que nous avons réalisés ces dernières années puissent se consolider dans tous les domaines, social, économique, au plan de la gouvernance démocratique etc.

Rfi. Quand les amis de Laurent Gbagbo disent que si demain il rentre en Côte d’Ivoire, ce sera dans un esprit de réconciliation, est-ce que vous y croyez ?

A.O. Mais je le souhaite, ce serait une très bonne chose

Rfi. Même si, par exemple demain il se présente à la présidentielle de 2020

A.O. Mais posez lui la question

Rfi. 2020, vous y pensez M. le Président ?

A.O. Mais bien sûr que j’y pense. Il s’agit de l’avenir de mon pays. On a fait de bonne élections en 2015 après les problèmes que nous avons vécus en 2010, je souhaite que 2020 se passe comme en 2015.


Rfi. 2015 vous étiez candidat

A.O. Bien sûr

Rfi. Vous avez gagné dès le premier tour

A.O. 83%

Rfi. Est-ce que vous serez candidat en 2020

A.O. Mais on verra en 2020, je répondrai à cette question

Rfi. Certains disent que dans la constitution ivoirienne, il n’est pas très clair de savoir si vous pouvez vous représenter

A.O. C’est très clair. Je peux me représenter si je le souhaite. C’est une nouvelle constitution qui a touché non seulement à l’exécutif avec un poste de vice-président, qui a touché au législatif avec la création d’un sénat et au judiciaire avec la création de nombreuses cours plutôt que des chambres, c’est une toute une nouvelle constitution et tous les avis juridiques que j’ai consultés me confirment que si je veux être candidat en 2020, je peux l’être et ceci serait conforme à la constitution.

Rfi. Est-ce qu’avec les opposants qui se multiplient, Bédié, peut-être Gbagbo, peut-être Soro, est-ce qu’il ne va pas falloir que ce soit vous le candidat du RHDP?

A.O. Non mais vous savez, en réalité je donnerai ma réponse en 2020. Il y a beaucoup d’hypothèses que vous imaginez, mais il y a une recomposition politique qui se déroule en Côte d’Ivoire. En tant que démocrate, j’estime que c’est une excellente chose et je souhaite d’ailleurs, il y a clarification, que ceux d’entre nous qui sommes des libéraux sociaux soyons d’un côté et les autres qui sont d’une autres tendance soient l’autre côté. Que les Ivoiriens aient un choix très clair de faire les choses en fonction des attentes de nos concitoyens. Une chose est certaine, j’ai un bilan qui est inattaquable. Cette année, une croissance moyenne par an de 8% parmi les quatre pays au mondes avec le plus fort taux de croissance , un taux d’inflation de 1 à 2 %, quasiment jamais inégalé, non seulement en Afrique mais en Europe, un déficit budgétaire au tour de 3 à 4 %, une dette publique moins de 40% du PIB, et je pourrais continuer. Nous avons un bilan qui est remarquable et tout à l’heure d’ailleurs, le mécanisme africain pour l’évaluation des pairs l’a confirme. Voyez-vous nous avons aujourd’hui 82% de fourniture d’eau, de fourniture d’électricité, etc, c’est dans tous les secteurs qu’il y a eu des progrès ces sept dernières années. Donc la Côte d’Ivoire va bien. La Côte d’Ivoire est en sécurité. Nous avons reformé l’armée après les problèmes que nous avons vécus en 2017, c’est un pays qui est tenu, c’est une économie qui va et les taux de croissance continueront d’être entre 7 et 8% sur les deux, trois cinq prochaines années. Sans hésitations, je peux vous le dire, quelque soit l’évolution des taux de change parce que nous avons une bonne politique macro-économique, nous assurons que çe soit la base de l’attraction des investissements et de l’épargne nationale. Moi je suis confiant quat à l’avenir de mon pays.

Rfi. Et justement pour défendre ce n, beaucoup disent aujourd’hui en Côte d’Ivoire, comme il n’y a pas au RHDP de dauphin qui s’affirme vraiment en dessous de vous, le meilleur pour défendre le bilan en 2020, ce sera vous

A.O. Cela n’est pas vrai, moi je peux vous citer deux, trois quatre noms de jeunes de grandes qualités

Rfi. Vous pouvez les citer ?

A.O. Non je ne le ferai pas, j’ai quand même mon opinion. Nous avons une très bonne équipe avec des gens compétents. C’est pour cela j’ai toujours insisté sur le transfert du pouvoir à une nouvelle génération, mais le moment viendra pour cela.

Rfi. Quand est-ce que vous prendrez votre décision pour 2020 ?

A.O. L’année prochaine en 2020.

Rfi. Début 2020 ?

A.O. En 2020. Je crois que je peux prendre ma décision conformément à la constitution en fin juillet 2020 pour être plus précis puisque les élections auront lieu le 28 octobre 2020, normalement le dépôt de candidatures, c’est 90 jours avant, ce qui nous amène au 28 juillet 2020. Voyez bien que j’ai bien calculé tout ce qu’il faut.

Rfi. Oui mais si jamais vous voulez préparer un dauphin, il faudra le préparer avant le mois de juillet 2020 ?

A.O. Oui mais écoutez, le dauphin, on a vu dans d’autres pays que je ne nommerai pas. Le dauphin a été nommé six semaines avant l’élection.

Rfi. Vous pensez à la République démocratique du Congo, que vous inspire cette élection très controversée au terme de laquelle Félix Tshisekedi a été officiellement proclamé vainqueur ?

A.O. Non je n’ai pas de commentaires et nous nous avons au niveau de la CEDEAO pour principe que les questions régionales doivent être réglées par les structures régionales. Donc il appartient à la communauté de l’Afrique de l’Est et la SADEC de régler ce problème. Je connais bien le président Kabila, nous avons d’excellentes relations, je connais bien également le président Tshisekedi que je recevrai d’ailleurs pendant ce sommet et il appartient aux Congolais de trouver les arrangements pour que ce pays demeuré en paix.

Rfi. Dernière question, quel bilan vous faites de la présidence Kagamé à la tête e l’Union Africaine, ne craignez-vous pas un coup de frein à ses reformes par le futur président Égyptien Abdel Fatta Al Sissi ?

A.O. Non je ne pense pas, et je crois que le président Kagamé a un bilan exceptionnel. Vous savez la reforme des institutions, la reforme du financement de l’Union Africaine, ce qui nous permettra quand même de pouvoir nous financer nous-mêmes, avec la taxe 0,2% et nous nous l’avons soutenu pour cela. C’est une formule que nous appliquons déjà au niveau de l’Union économique et monétaire ouest africaine, au niveau de la CEDEAO et moi je suis heureux que nous l’ayons appliqué, la Côte d’Ivoire l’applique déjà et nous sommes le dixième contributeur au niveau de l’Union Africaine et le président Kagamé est venu en visite officielle en Côte d’Ivoire en décembre, nous avons eu un très bon échange, je le félicite pour le travail qu’il a fait et je n’ai pas de doute que le président Al Sissi continuera sur la même voie.

Rfi. Monsieur le Président, Merci

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